La monarchie britannique est-elle un vestige anachronique ou un atout pour le Royaume-Uni ? Une nouvelle série documentaire de la BBC, présentée par David Dimbleby, relance le débat sur le rôle et l’influence réelle de la Couronne, en remettant en question son pouvoir et son coût.
L’ancien présentateur vedette de la BBC, libéré des contraintes de son poste, interroge l’étendue de l’influence du roi Charles III sur les décisions gouvernementales. La première partie de la série, diffusée sur BBC One et disponible sur iPlayer, se concentre sur cette question centrale : dans quelle mesure le monarque peut-il influencer la politique ?
Il est établi que le Premier ministre rend visite au roi chaque semaine à Buckingham Palace pour des entretiens directs, et que les lettres de Charles – dont on sait qu’il est un correspondant assidu – sont systématiquement placées en tête de la pile des dossiers des ministres concernés. David Cameron a ainsi témoigné qu’il appréciait ces rencontres hebdomadaires avec la reine Elizabeth II, y voyant une opportunité de clarifier ses idées en les exposant à une auditrice attentive et discrète. « C’était thérapeutique », a-t-il déclaré.
Cependant, la légitimité démocratique de cet accès privilégié est remise en question. Dimbleby souligne l’absurdité d’une institution qui célèbre l’arrivée d’un nouveau chef par la reproduction d’une cérémonie ancestrale, avec un chapeau de velours orné de bijoux. « Pourquoi les opinions du roi devraient-elles avoir du poids, alors que personne ne l’a élu ? » interroge-t-il plusieurs interlocuteurs.
L’enquête révèle que Charles III tente depuis longtemps d’influencer la politique. Après une bataille juridique de dix ans, les lettres du prince de Galles (devenu roi) ont été rendues publiques, révélant des interventions sur des sujets aussi variés que l’élevage bovin et la fiabilité des hélicoptères militaires. Bien que l’ampleur de cette influence soit difficile à quantifier, elle ne peut être considérée comme nulle.
La série aborde également la question de la prorogation du Parlement en 2019. Si la reine aurait pu théoriquement empêcher Boris Johnson de suspendre les travaux parlementaires, tous les intervenants s’accordent à dire qu’elle n’a pas souhaité le faire, par crainte d’apparaître comme soutenant le parti travailliste face aux conservateurs.
Dimbleby explore ensuite le concept de « soft power », c’est-à-dire la capacité d’un chef d’État à influencer l’image du Royaume-Uni à l’étranger. Il cite les visites de la reine Elizabeth II en Irlande, où elle a pris des gestes symboliques comme prononcer quelques mots en gaélique et serrer la main de Martin McGuinness, comme des exemples de succès diplomatiques. Toutefois, il souligne que le monarque agit souvent sur instruction des dirigeants politiques, comme lorsque Harold Wilson l’a contrainte à recevoir le dictateur roumain Nicolae Ceaușescu en 1978 en échange d’un accord commercial, ou plus récemment, lorsque Keir Starmer a invité Donald Trump au palais cette année.
Pour l’instant, la critique reste mesurée. Dimbleby semble avancer prudemment, suggérant qu’une monarchie dénuée de pouvoir réel n’est pas plus souhaitable qu’une monarchie qui exerce une influence antidémocratique. La semaine prochaine, la série abordera le coût exorbitant de l’institution et la question de savoir si ce prix est justifié, compte tenu des résultats observés.
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