Publié le 2024-07-04 10:32:00. Après plus de deux décennies de négociations, l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) ont conclu un accord de libre-échange. Cette entente suscite à la fois des espoirs de stabilité et d’investissement en Amérique du Sud, mais aussi des inquiétudes quant à la concurrence pour certaines industries locales.
- L’accord offre aux producteurs sud-américains, notamment dans les secteurs de la viande bovine et des produits laitiers, un meilleur accès au marché européen, bien que limité par des quotas.
- Certaines industries manufacturières, comme l’automobile en Argentine et au Brésil, craignent une concurrence accrue de la part des entreprises européennes.
- L’Europe voit dans cet accord un signal de qualité et un moyen de promouvoir le multilatéralisme face aux tendances à l’isolement.
L’aboutissement de cet accord marque une étape importante pour le Mercosur, une union douanière créée en 1991 visant à favoriser l’intégration économique et politique entre ses membres. Si les résultats de cette union ont été mitigés jusqu’à présent, l’accord avec l’UE représente son premier accord commercial majeur.
Les quotas d’importation, délibérément fixés à un niveau bas (entre 1 et 2 % du marché de l’UE), visent à éviter une déstabilisation du marché européen. Dante Sica, ancien ministre argentin de la Production et négociateur en chef de l’accord sous l’administration de Mauricio Macri, a souligné que cela équivaut à environ un hamburger supplémentaire par Européen et par an.
Les secteurs industriels argentins et brésiliens, longtemps protégés et orientés vers le marché intérieur, expriment des craintes quant à la concurrence accrue, notamment de la part des constructeurs automobiles européens plus avancés technologiquement. Pour atténuer ces inquiétudes, les droits de douane sur les produits industriels européens en Amérique du Sud ne seront pas supprimés immédiatement, mais réduits progressivement sur une période allant de cinq à quinze ans, afin de permettre aux entreprises locales de s’adapter et d’améliorer leur compétitivité.
Au-delà des chiffres d’exportation à court terme, les pays sud-américains espèrent que cet accord apportera stabilité, investissements et confiance. L’Europe est perçue comme un marché exigeant en matière de normes environnementales, de réglementation et de sécurité juridique, et un accord avec l’UE constitue donc une forme de certification pour la région. Le président brésilien Lula a déclaré que cet accord est une réponse multilatérale à la tendance mondiale à l’isolement.
Depuis sa création, le Mercosur a facilité le commerce intra-régional et contribué à la stabilité politique. Les citoyens bénéficient également de règles d’entrée et de séjour simplifiées. Cependant, le potentiel international de l’union douanière est resté largement inexploité jusqu’à présent. Le nouvel accord avec l’UE ne concerne pour l’instant que les quatre membres fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay).
Selon Teresa Delgado, correspondante de SRF en Amérique du Sud, cet accord représente un signal fort pour la région, en particulier dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques et une remise en question du multilatéralisme.
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