Publié le 16 décembre 2025 à 19h50. Après plus de deux ans de perturbations liées aux attaques de Houthis en mer Rouge, une reprise progressive du trafic maritime via le canal de Suez se profile pour 2026, avec des conséquences potentiellement majeures sur les coûts logistiques mondiaux et la rentabilité des compagnies maritimes.
- Les grandes compagnies maritimes, comme CMA CGM et Maersk, envisagent un retour sur la route maritime du canal de Suez.
- La réouverture du canal pourrait entraîner une baisse de 6 % de la capacité maritime mondiale et une pression à la baisse sur les taux de fret.
- Les entreprises exportatrices coréennes, notamment Samsung, LG et Hyundai, pourraient bénéficier de coûts logistiques réduits, tandis que les compagnies maritimes nationales comme HMM devront s’adapter à un marché plus concurrentiel.
L’industrie mondiale du transport maritime a été confrontée ces dernières années à une succession de crises – pandémie de COVID-19, tensions commerciales sino-américaines, encalage du porte-conteneurs Ever Given dans le canal de Suez, sécheresse du canal de Panama – qui ont mis à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement. La situation s’est particulièrement tendue en novembre 2023 avec les attaques menées par les rebelles houthis yéménites contre les navires commerciaux en mer Rouge, forçant les armateurs à emprunter la route plus longue et coûteuse du cap de Bonne-Espérance.
Mais la situation semble évoluer. La conclusion d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, grâce à la médiation américaine fin septembre, a entraîné une diminution significative de la fréquence des attaques houthis. Selon Bloomberg, le nombre de navires transitant par le canal de Suez a atteint en novembre son plus haut niveau depuis un an et demi. Plusieurs compagnies maritimes testent désormais la sécurité de la route en envoyant des navires isolés.
La compagnie française CMA CGM, troisième armateur mondial, a annoncé qu’elle reprendrait son service régulier entre l’Inde et la côte est des États-Unis via le canal de Suez à partir du début de l’année 2026. Le géant danois AP Moller-Maersk a également laissé entendre qu’il pourrait revenir sur cette route. Cependant, la prudence reste de mise. La paix en mer Rouge reste fragile, et une reprise des hostilités pourrait entraîner une nouvelle crise logistique.
De plus, bien que le prix du fioul maritime ait récemment atteint son plus bas niveau depuis cinq ans, les primes d’assurance de guerre pour la mer Rouge restent élevées, ce qui limite pour l’instant l’attrait économique d’un retour sur cette route.
La véritable inquiétude des compagnies maritimes réside dans la perspective d’une baisse des taux de fret. La réouverture du canal de Suez entraînera un afflux de 6 % de la capacité maritime mondiale, artificiellement absorbée par le détour africain, ce qui pourrait provoquer une offre excédentaire et une chute des prix. Le Drewry World Container Index (WCI) confirme cette tendance : le taux de fret pour un conteneur de 40 pieds a déjà été divisé par deux en début d’année 2025, passant d’environ 4 000 dollars à 2 000 dollars (contre plus de 10 000 dollars en 2021).
Cette situation aura des conséquences contrastées pour l’économie coréenne. Les entreprises exportatrices, en particulier celles qui exportent massivement vers l’Europe comme Samsung Electronics, LG Electronics et Hyundai Motors, bénéficieront de coûts logistiques réduits et de délais de livraison plus courts, améliorant ainsi leur compétitivité. La stabilisation de la situation au Moyen-Orient devrait également contribuer à améliorer la balance commerciale et à stabiliser les prix des matières premières et du pétrole en éliminant la « prime de risque ».
En revanche, les compagnies maritimes coréennes, comme HMM, sont confrontées à un « signal d’alerte ». Après avoir profité de taux de fret élevés grâce aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement liées à la pandémie et aux incidents en mer Rouge, elles devront s’adapter à un marché plus concurrentiel et à une possible nouvelle guerre des prix. Il est donc urgent pour elles de réorganiser leurs activités et d’améliorer leur efficacité.
Après cinq années de chaos, une lueur d’espoir apparaît enfin au bout du tunnel du canal de Suez. En 2026, la réouverture de cette voie maritime stratégique marquera un nouveau tournant pour les marchés mondiaux des matières premières et de la logistique.
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