Les tensions entre l’Algérie et la France atteignent un point de rupture, symbolisées par l’adoption d’une loi controversée criminalisant le colonialisme français. Au-delà de ce geste symbolique, Alger semble s’isoler diplomatiquement, multipliant les frictions avec ses voisins régionaux et remettant en question ses alliances traditionnelles.
L’adoption, le 24 décembre dernier, par le Parlement algérien d’une loi qualifiant le colonialisme français de crime imprescriptible marque une escalade significative. Ce texte inédit en Afrique établit la responsabilité juridique de l’État français pour les actes commis entre 1830 et 1962, période de la colonisation. L’objectif affiché n’est pas la réparation du passé, mais plutôt l’exacerbation des tensions futures, judiciarisant ainsi la mémoire coloniale.
Cette loi intervient dans un contexte de détérioration générale des relations entre l’Algérie et la France, qui s’est envenimée depuis la fermeture de la frontière il y a 29 ans. La fin de l’année 2020 a vu la rupture des relations diplomatiques et l’arrêt des canaux de discussion, laissant place à un face-à-face empreint de mépris, amplifié par une campagne de haine numérique orchestrée sur les réseaux sociaux.
L’affaire du journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison ferme et qui n’a pas bénéficié de la grâce accordée à Boualem Sansal, illustre cette situation. Gleizes est considéré comme un otage d’État, entravant la capacité de la France à réagir.
Au-delà du contentieux colonial, Alger utilise également la question du Sahara occidental, dont la France a reconnu la marocanité en 2024, comme levier de pression. Si cette reconnaissance a suscité la colère algérienne, la réaction a été plus mesurée envers d’autres pays ayant adopté la même position. L’Espagne a connu une période de tensions en 2022, mais la situation s’est normalisée. En septembre dernier, l’ambassadeur britannique a été convoqué par le président Tebboune suite à la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental par Londres, mais aucune crise majeure n’a éclaté. Le Portugal a également adopté la même position sans provoquer de réaction comparable.
Diego Mellado, chef de la délégation de l’Union européenne à Alger, a récemment déclaré : « En tant que bloc des vingt-sept pays membres de l’Union européenne, nous avons de très bonnes relations avec l’Algérie, un partenaire essentiel et incontournable de l’Europe ».
Par ailleurs, l’Algérie entretient des relations tendues avec ses voisins immédiats, le Maroc (1 800 kilomètres de frontières communes) et le Mali (1 300 kilomètres de frontières communes). Ironiquement, la France et l’Algérie partagent la même vision sur la situation au Sahel, mais cette convergence ne semble pas suffire à apaiser les tensions régionales.
L’arrestation de Boualem Sansal à l’aéroport d’Alger, le 16 novembre 2024, est perçue comme une tentative délibérée d’attiser les tensions entre l’Algérie et la France et de faire du conflit un élément structurel de la politique intérieure.
Cet enjeu idéologique, autrefois instrumentalisé pour obtenir des avantages, est désormais utilisé comme une arme pour diviser les populations. Si la raison ne prévaut pas, l’Algérie s’achemine vers un échec coûteux et inutile, selon des observateurs.
Les récentes manifestations lors de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025, à Rabat, où des supporters algériens et marocains ont été vus ensemble, chantant et brandissant leurs drapeaux respectifs, témoignent d’une volonté populaire de dépasser les querelles politiques. L’hymne algérien a même résonné dans le stade lors de la victoire des Fennecs contre le Soudan (3-0), avec un doublé de Riyad Mahrez.
