2,2 millions d’Indiens repassent le NEET sous sécurité militaire
Près de 2,2 millions d'aspirants médecins indiens repassent ce dimanche 21 juin 2026 le National Eligibility Entrance Test (NEET) sous une surveillance militaire renforcée. Ce second tour fait suite à l'annulation de la session de mai, entachée par…
Près de 2,2 millions d’aspirants médecins indiens repassent ce dimanche 21 juin 2026 le National Eligibility Entrance Test (NEET) sous une surveillance militaire renforcée. Ce second tour fait suite à l’annulation de la session de mai, entachée par des fuites massives de sujets qui ont provoqué une crise de confiance nationale.
Un arsenal technologique et militaire pour sécuriser les épreuves
L’Agence nationale des examens a déployé des mesures de contrôle sans précédent pour tenter de restaurer l’intégrité de ce concours ultra-sélectif. Pour contrer la fraude, les autorités ont mis en place un « dispositif de sécurité à plusieurs niveaux afin de garantir un examen équitable et transparent », comme l’indique la RTBF.
Ce protocole repose sur une combinaison de technologies de pointe et de présence physique massive. Les centres d’examen utilisent désormais l’authentification biométrique, une surveillance vidéo assistée par intelligence artificielle et la géolocalisation par GPS des candidats. Sur le terrain, plus de 200 000 agents, incluant des forces de police, assurent la sécurité des sites. Pour éviter toute interception physique des questionnaires, le gouvernement a supprimé les circuits postaux habituels, confiant le convoyage des sujets à l’armée.
Le blocage de Telegram et la fracture numérique
Photo: Challenges
Au cœur de la crise, l’usage des messageries instantanées pour la diffusion de sujets volés a poussé New Delhi à une décision radicale. Depuis une semaine, les autorités ont mis hors service l’application Telegram, une mesure qui prive environ 150 millions d’utilisateurs indiens de leur outil de communication, selon les informations de RFI.
L’agence nationale des examens justifie cette restriction en affirmant que la plateforme est exploitée « par des réseaux de tricheurs visant à escroquer les candidats ». Cette position se heurte toutefois à la critique du fondateur de Telegram, Pavel Dourov. Ce dernier a estimé que si le blocage n’empêche pas totalement les fraudes, il « pénalise » une immense partie de la population civile.
Colère sociale et montée du mouvement Cockroach Janata Party
Photo: RFI
L’annulation de la session initiale de mai a agi comme un catalyseur de mécontentement social. Au-delà de la frustration académique, les médias indiens ont rapporté des cas de suicides parmi les jeunes après l’annonce du fiasco. Cette instabilité a alimenté des manifestations massives réclamant la démission du ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan.
La contestation a pris une forme politique singulière avec l’émergence du mouvement dit « Cockroach Janata Party » (CJP). Ce groupe, qui compte déjà des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, symbolise l’indignation d’une jeunesse dont l’avenir semble suspendu à la gestion des scandales de correction et de fuites. D’après Orange Actualités, le Bureau central d’enquête indien (CBI) a déjà procédé à l’arrestation du cerveau présumé de la fuite, identifié comme un professeur de chimie.
L’efficacité du contrôle : entre surveillance et réalité du terrain
Malgré l’arsenal déployé, l’efficacité de ces mesures reste un sujet de débat intense parmi les candidats eux-mêmes. Si le gouvernement mise sur la technologie, beaucoup craignent que la fraude ne se déplace simplement vers d’autres canaux ou vers des méthodes physiques.
Pression psychologique : Pour les étudiants, la nécessité de tout recommencer est un fardeau mental considérable.
Fuites hors ligne : Certains candidats estiment que les fuites se produisent directement sur le terrain, par remise en main propre de sujets papier.
Alternatives numériques : Le blocage d’une plateforme ne garantit pas l’absence de fuites sur d’autres réseaux sociaux.
Pradattaa, un candidat de 19 ans, exprime ce sentiment de détresse.
« Cela nous a profondément affectés. Devoir tout recommencer et repasser cet examen, c’est une tâche psychologiquement très difficile. »Pradattaa, candidat, via RFI
L’enjeu de ce dimanche dépasse la simple passation d’un examen. Il s’agit pour l’État indien de prouver que son système de sélection, qui doit répartir environ 130 000 places pour plus de deux millions de postulants, peut encore garantir une méritocratie réelle face à des réseaux de fraude de plus en plus sophistiqués.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.