Entre avril et début septembre 2026, la direction générale des douanes au Cameroun a collecté 1,8 milliard de FCFA de droits sur les téléphones importés grâce à un nouveau mécanisme de collecte fondé sur la digitalisation, un système qui suscite de vives discussions parmi les revendeurs de l’avenue Kennedy à Yaoundé.
Le marché des terminaux numériques et des téléphones portables importés connaît un tournant majeur au Cameroun. Portée par la direction générale des douanes, la réforme mise en place a permis de récolter 1,8 milliard de FCFA, soit environ 2,7 millions d’euros, entre le 1er avril et le début du mois de septembre 2026.
Ce chiffre marque une rupture nette avec la période précédente. Avant l’entrée en vigueur de ce dispositif, le dédouanement de ces équipements générait à peine 100 millions de francs par mois pour les caisses publiques.
Tensions sur l’avenue Kennedy et répercussions pour les importateurs
Sur le terrain, l’artère commerçante de l’avenue Kennedy à Yaoundé, épicentre de la vente de téléphones d’occasion, réagit diversement à cette mutation administrative. Les professionnels du secteur font face à des difficultés opérationnelles liées à l’enregistrement et aux nouvelles exigences de déclaration.
Un importateur de téléphones d’occasion, interrogé sur place, illustre le malaise de sa profession en expliquant que les appareils qu’il importe sont vendus entre 20 000 et 25 000 francs CFA. Bien qu’ils soient dédouanés à l’aéroport, les numéros de série ne sont pas systématiquement enregistrés par les agents des douanes. En conséquence, les acheteurs se plaignent de recevoir des alertes persistantes concernant un blocage imminent de leurs appareils.
L’impact se fait également ressentir sur les prix de vente au détail. Selon les témoignages recueillis auprès des commerçants, la clientèle hésite face à des téléphones non dédouanés, mais ne peut pas davantage assumer le surcoût des appareils en règle. Certains revendeurs ont ainsi dû doubler leurs tarifs, constatant des prix passant de 45 000 à 85 000 francs CFA, soit environ de 68 à 129 euros.
La défense de l’administration des douanes face aux critiques
Du côté de l’administration, l’analyse est tout autre. Les autorités douanières affichent des objectifs à la fois fiscaux, sécuritaires et économiques pour réguler un marché où l’informel pesait lourdement sur la concurrence.
Pour l’inspecteur principal des douanes, point focal de la réforme au sein de la direction générale des douanes à Yaoundé, le sentiment de hausse des prix concerne exclusivement ceux qui s’acquittaient auparavant de leurs obligations de manière irrégulière. Pour les importateurs qui payaient déjà sur la base de la valeur transactionnelle à 66 %, la charge fiscale a au contraire vocation à s’alléger.
L’administration insiste sur le fait que la mesure n’instaure pas un impôt inédit, mais modernise le recouvrement grâce au numérique. La valeur transactionnelle a été abaissée de manière significative, divisée par quatre ou par sept selon les cas, tandis que le taux global est passé de 67 % à 33,33 % à travers huit catégories de collecte allant de 5 000 à 400 000 francs CFA.
Perspectives de traçabilité et volume des importations
L’enjeu dépasse la simple collecte de recettes budgétaires. Les services douaniers estiment qu’environ cinq millions de téléphones échappaient encore au système de traçabilité et promettent de traquer ces terminaux non déclarés au cours des prochains mois.

En uniformisant les conditions d’importation, l’État entend éliminer les distorsions de concurrence où certains acteurs utilisaient l’absence de paiement des droits comme variable d’ajustement. Alors que le dispositif poursuit son déploiement depuis le 1er avril, la balance entre l’assainissement du secteur numérique et la préservation du pouvoir d’achat des consommateurs reste au cœur des discussions économiques dans le pays.