Une guillotine de 4 mètres de haut, silencieuse depuis des décennies, a été remontée au Mucem de Marseille, suscitant une émotion palpable. Cette reconstitution, fruit d’un travail minutieux, offre un face-à-face saisissant avec un symbole sombre de l’histoire judiciaire française.
La machine, pesant 800 kilos, avait été démontée et conservée dans les collections du musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Son remontage s’est fait sans plan de montage précis, mais en s’appuyant sur la connaissance des derniers bourreaux, capables de réassembler l’engin en seulement 20 minutes. « Le public va réagir, c’est une pièce très forte », a reconnu Marie-Charlotte Calafat, directrice scientifique du Mucem.
Aujourd’hui, la lame de la guillotine est bloquée, un choix délibéré qui fait écho à l’engagement de Robert Badinter contre la peine de mort. L’ancien ministre, qui entrera prochainement au Panthéon, avait souhaité la conservation de ces instruments macabres plutôt que leur destruction. « Il n’a pas voulu détruire les guillotines, il a voulu justement qu’on les conserve », a précisé Pierre-Olivier Costa, le directeur du Mucem.
Badinter voyait dans la guillotine une « bête qui veut sa ration de sang », et estimait qu’elle devait être exposée au regard du public pour que chacun puisse prendre conscience de l’horreur qu’elle représente. « Quand il en parle, il en parle presque comme une bête qui veut sa ration de sang et c’est pour ça qu’il voulait que ça rentre dans un musée, c’est pour que le public lui aussi fasse face à cette machine de mort », a expliqué Pierre-Olivier Costa.
Ce face-à-face avec la guillotine est rare. L’objet n’avait été présenté au public qu’à trois reprises auparavant, souvent dissimulé, par exemple derrière un voile lors d’une exposition au musée d’Orsay en 2010. Le Mucem offre ainsi une occasion unique de contempler cet objet chargé d’histoire et de réfléchir aux enjeux de la justice et de la peine capitale.
