Home Technologie et science7 langues mystérieuses qui restent encore à déchiffrer – DW – 24/12/2025

7 langues mystérieuses qui restent encore à déchiffrer – DW – 24/12/2025

by Thomas Caron

Publié le 24 octobre 2024. Des systèmes d’écriture anciens, vestiges de civilisations disparues, défient encore aujourd’hui les linguistes et les archéologues, malgré les avancées technologiques. Leur déchiffrement pourrait ouvrir une fenêtre sur des cultures oubliées, mais le manque de clés comparatives rend la tâche particulièrement ardue.

  • Plusieurs écritures anciennes, comme l’épi-olmèque, celle de la vallée de l’Indus ou le rongorongo de l’île de Pâques, restent indéchiffrées.
  • L’absence d’une « pierre de Rosette » – un texte bilingue permettant la traduction – constitue le principal obstacle à leur compréhension.
  • L’intelligence artificielle offre des pistes, mais ses limites sont pour l’instant évidentes face à la rareté des données disponibles.

Pour Svenja Bonmann, linguiste historique et comparée à l’Université de Cologne en Allemagne, la tentation de percer ces mystères est irrésistible.

« Je trouve très attrayant d’être confrontée à un casse-tête intellectuel si complexe que même les esprits les plus brillants n’ont pas réussi à le résoudre. De tels documents écrits nous donnent accès à une culture disparue depuis longtemps. »

Svenja Bonmann, spécialiste de linguistique historique et comparée à l’Université de Cologne

Elle compare ce travail à une forme de voyage dans le temps, une interaction passive avec des sociétés lointaines.

Les recherches actuelles de Mme Bonmann se concentrent sur le système d’écriture épi-olmèque, utilisé autrefois sur la côte sud du Mexique. Malgré la découverte de quelques inscriptions et symboles, le corpus de textes est trop limité et le contexte trop incertain pour permettre un déchiffrement significatif. Un défi similaire se pose avec l’écriture de la civilisation de la vallée de l’Indus (également appelée civilisation harappéenne), qui s’étendait sur le territoire actuel du nord-ouest de l’Inde et du Pakistan. Des centaines de sceaux et de fragments de poterie portent ces inscriptions, mais elles sont presque toujours très courtes, soulevant la question de savoir si elles représentent un langage complet ou un simple système de symboles.

L’île de Pâques, au Chili, abrite également un système d’écriture énigmatique : le rongorongo. Ces glyphes abstraits, représentant des oiseaux, des personnes ou des motifs décoratifs, sont gravés sur quelques tablettes de bois, dont certaines sont endommagées. La civilisation minoenne, centrée sur l’île de Crète, présente un autre cas complexe. Si le linéaire B, une forme ancienne du grec, a été déchiffré, les hiéroglyphes crétois et le linéaire A demeurent un mystère. Le disque de Phaistos, une pièce d’argile unique datant d’environ 1700 avant J.-C. et portant des symboles en spirale, constitue un autre casse-tête archéologique.

L’étrusque, langue parlée dans l’Italie centrale, pose un problème différent. Bien que son alphabet soit lisible, dérivé du grec, la langue elle-même n’a pas de liens clairs avec d’autres langues connues, rendant sa compréhension difficile. Le proto-élamite, la plus ancienne tradition écrite administrative connue dans la région qui deviendra l’Iran, est également difficile à déchiffrer, les tablettes étant souvent fragmentaires et ressemblant à des notes comptables.

Le principal obstacle à la compréhension de ces écritures réside dans l’absence d’une équivalence à la pierre de Rosette, cet artefact célèbre qui a permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens grâce à la présence du même texte en trois écritures différentes.

« Sans une telle clé, il reste difficile d’attribuer des caractères à des sons, des syllabes ou des mots. »

Svenja Bonmann, spécialiste de linguistique historique et comparée à l’Université de Cologne

Cependant, Mme Bonmann souligne qu’un déchiffrement n’est pas impossible, comme l’a démontré le cas du linéaire B. Il est essentiel de trouver une continuité avec les époques historiques, par exemple en identifiant des noms de lieux ou de dirigeants.

L’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus utilisée pour tenter de déchiffrer ces codes, en analysant les motifs, en distinguant les variantes et en complétant les fragments. Néanmoins, Mme Bonmann estime que l’IA atteint ses limites en raison du manque de données. Elle souligne également que l’IA tend à reproduire des schémas existants plutôt que de faire preuve d’une véritable créativité.

« L’IA varie simplement certaines phrases et certains mots, suggérant ainsi l’intelligence. Mais en réalité, il ne s’agit que d’une simulation de l’intelligence. Le programme ne pense pas vraiment. »

Svenja Bonmann, spécialiste de linguistique historique et comparée à l’Université de Cologne

En fin de compte, c’est peut-être la singularité de ces systèmes d’écriture qui les rend si fascinants. Ils témoignent du fait que, même à l’ère de la technologie avancée, certaines voix du passé restent silencieuses – du moins pour l’instant. Pour Mme Bonmann, la réflexion sur les sociétés passées et leur disparition est au cœur de la condition humaine.

« Pour autant que nous le sachions, les humains sont la seule espèce dotée d’un sens de l’histoire. Nous réfléchissons à d’où nous venons et où nous allons. »

Svenja Bonmann, spécialiste de linguistique historique et comparée à l’Université de Cologne

Cet article a été initialement publié en allemand.

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