Alors que l’hôpital Bagatelle a été inauguré jeudi de ce jeudi, les dirigeants de Bordeaux Mhétropole, le département de Gironda et la nouvelle région de l’aigle ont envoyé une lettre commune à François Bayrou pour informer le Premier ministre des conséquences du désengagement de l’État.
“De nouveaux plateaux avec un grand service d’urgence conçu pour 40.000 passages, 22 lits de soins critiques dont dix de réanimation, un bloc opératoire immense de quatorze salles dont quatre d’endoscopie et une nouvelle maternité flambant neuve“, énumère fièrement la docteur Blandine Filet, directrice générale de la Fondation Bagatelle. Après un chantier à 140 millions d’euros et avant l’accueil des patients le 30 octobre, le nouvel hôpital de Talence a été inauguré ce jeudi 10 juillet 2025, soit 101 ans après la construction de la Maison de santé protestante dont la façade historique en briques rouges a été conservée et restaurée.
Un accouchement dans la douleur
La fierté des blouses blanches n’éclipse pas l’inquiétude généralisée quant à l’avenir de ce nouvel hôpital qui sitôt inauguré est déjà menacé. “Comment est-ce que nous arrivons à inaugurer un établissement dont finalement le plan de financement n’est pas complètement abouti puisqu’il y a ce retrait au dernier moment du ministère des Armées“, s’interroge Jean-Luc Gleyze, le président du département de la Gironde.
La Maison de santé protestante de Bagatelle devait en effet fusionner avec l’hôpital des armées Robert-Picqué situé à Villenave d’Ornon. Il s’agissait du projet Bahia lancé en 2012. Mais en octobre 2024, le Service de santé des Armées a annoncé qu’il abandonnait ce regroupement sanitaire.
“C’est absolument incongru, à contretemps, d’inaugurer cet hôpital aujourd’hui avec les risques que fait peser le ministère des Armées sur le financement. Certains parlent de cessation de paiement, donc de fermeture, mais on ne peut imaginer qu’un équipement de cette nature puisse fermer”, déclare Christine Bost, la présidente de Bordeaux Métropole.
“Imposer un rapport de force”, plaide Pierre Hurmic
“Incompréhension et colère des élus”, des mots écrits noir sur blanc dans une lettre adressée au Premier ministre. Un courrier cosigné par Christine Bost, Jean-Luc Gleize, le président du département et Alain Rousset, le président de la région Nouvelle-Aquitaine (voir ci-dessous).
“Je comprends que l’armée, par rapport à la situation internationale, la guerre en Ukraine, revienne sur le fait de mixer Bagatelle et Robert Picqué. La situation géopolitique a changé. Maintenant, il y a eu des engagements, donc il faut qu’on s’en rapproche le plus. Il y a un problème et c’est à l’Etat de le régler, c’est sa responsabilité”, affirme Alain Rousset.
Le ministère des Armées avait promis d’apporter à la Fondation Bagatelle 24 millions d’euros sur 20 ans. Il propose désormais 3 millions et demi, ce que refusent les collectivités qui réclament “le versement des sommes dues soit, à minima 20 millions”.
Que le Premier ministre “siffle la fin de la récrée”
“Nous réclamons tout simplement que l’État soit à la hauteur de la parole qu’il a donnée, des engagements qu’il a signés, insiste Jean-Luc Gleyze, parce qu’on ne peut pas être venu chercher trois collectivités hors compétences pour financer cet établissement et aujourd’hui nous expliquer que c’est l’Etat qui s’en retire”.
“Cet équipement correspond exactement à ce que nous avaient demandé les ministères de la Santé, des Armées et des Finances. Cet hôpital répond à un besoin démographique, ça serait complétement absurde de ne pas le faire fonctionner”, explique Bernard Roehrich, l’administrateur qui représentait à l’inauguration Gabriel Marly, le président du conseil d’administration de la Fondation Bagatelle.
“Une négociation, ou plutôt conciliation est en cours entre le ministère des Armées et la Fondation Bagatelle dont les résultats seront connus à la mi-juillet”, ajoute Bernard Roehrich. En attendant, les poids lourds des collectivités de Gironde demandent au Premier ministre “de siffler la fin de la récrée entre ses ministres” et d’arbitrer en faveur d’un hôpital qui ne pratiquera aucun dépassement d’honoraire.
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