Pour de nombreuses femmes ayant subi une mastectomie, retrouver la pleine mobilité de l’épaule peut devenir un défi majeur. Une nouvelle étude colombienne met en lumière l’efficacité de l’ostéopathie pour soulager la douleur, améliorer la fonction et redonner une meilleure qualité de vie à ces patientes.
La mastectomie, intervention chirurgicale visant à retirer tout ou partie du tissu mammaire pour traiter ou prévenir le cancer du sein, peut entraîner des complications souvent méconnues. Jusqu’à 80 % des femmes opérées souffrent de douleurs, de raideurs et d’une perte de mobilité au niveau de l’épaule, conséquences directes des protocoles médicaux et des cicatrices tissulaires.
Les interventions chirurgicales, qu’elles soient radicales, modifiées, simples ou segmentaires, impactent inévitablement les épaules et la fonction des aisselles. La section des tissus peut endommager les nerfs et les fascias – ces membranes de tissu conjonctif qui enveloppent et soutiennent les muscles. La radiothérapie et la chimiothérapie contribuent également à la rigidité et à la douleur.
« La dysfonction de l’épaule post-mastectomie peut se manifester par une douleur constante, affectant non seulement l’épaule elle-même, mais l’ensemble de la ceinture scapulaire – la structure intégrant les épaules, la clavicule et les omoplates, essentielle à la coordination des mouvements des bras et du torse », explique Elsa Liliana Medina Guérrez, titulaire d’une maîtrise en médecine alternative avec une spécialisation en ostéopathie de l’Université nationale de Colombie (Unal).
Le problème est souvent aggravé par la peur de la douleur ou la sensation de fragilité, qui pousse de nombreuses femmes à limiter l’utilisation du bras opéré. Cette inactivité engendre de nouvelles tensions et des blessures dans d’autres parties du corps. Une patiente ayant participé à l’étude a même envisagé d’abandonner son travail, incapable de supporter la douleur. Son mari témoigne : « Elle ne pouvait plus s’occuper du lit, ni le porter. Avant, elle nettoyait et rangeait la maison, aujourd’hui, elle a besoin d’aide pour tout. »
En 2023, on estimait à 8 702 le nombre de nouveaux cas de cancer du sein en Colombie, avec une prévalence de 97 136 femmes vivant avec la maladie. Les études indiquent qu’un dysfonctionnement de l’épaule se développe chez jusqu’à 80 % des femmes ayant subi une mastectomie.
« Certaines femmes sont informées que cette douleur est normale et qu’il n’y a rien à faire. Cela m’a motivée à rechercher un soutien sérieux, scientifique et clinique », souligne la chercheuse.
L’ostéopathie, reconnue au sein du système de santé colombien comme une médecine complémentaire, repose sur des techniques manuelles visant à libérer les tensions et à restaurer la mobilité naturelle. « Une douleur articulaire peut être liée à une hypothyroïdie, à des maladies rhumatismales ou à d’autres affections non diagnostiquées, ou encore à une cicatrice qui a modifié les tissus internes », précise le Dr Medina.
Bien que la littérature scientifique internationale sur l’application de l’ostéopathie à la mastectomie soit limitée, cette étude a été la première à mesurer simultanément la douleur, la fonctionnalité et la qualité de vie des patientes. « On reproche souvent aux médecines complémentaires leur manque de preuves. Ce travail vise à démontrer que nous pouvons générer des données cliniques rigoureuses », affirme-t-elle.
L’étude a porté sur cinq femmes âgées de 30 à 54 ans, qui ont reçu une séance hebdomadaire d’ostéopathie pendant cinq semaines. La douleur, évaluée à l’aide de l’échelle VAS (de 0 à 10), est passée de 5,9 à 1. « Au début, les patientes décrivaient une douleur qui ne cédait pas aux analgésiques, mais à la fin, elles la qualifiaient de légère ou d’absente », explique le médecin.
L’évaluation des tâches quotidiennes, telles que soulever des charges, a révélé une amélioration significative, le score passant de 39 à 20, traduisant un passage d’une limitation modérée à une limitation légère. « Au fur et à mesure des séances, ces activités sont devenues moins impossibles, passant d’une qualification de « difficile » à « sans difficulté » », ajoute Medina.
La qualité de vie, mesurée à l’aide du questionnaire SF-12 V2, s’est également améliorée de manière notable, tant sur le plan physique que mental. Les patientes ont rapporté une augmentation de leur énergie, une meilleure humeur et une diminution de l’impact de la douleur. L’une d’entre elles a décrit le changement comme « se sentir à nouveau elle-même ».
Cette étude démontre que l’ostéopathie n’est pas seulement une thérapie complémentaire, mais un outil clinique sûr et efficace qui pourrait être intégré aux protocoles de soins complets des femmes survivantes d’un cancer du sein.