Vienne, 28 septembre 2025 – L’Opéra d’État de Vienne a présenté une nouvelle production de « La Mariée vendue » de Bedřich Smetana, une œuvre emblématique du répertoire tchèque, qui a suscité des réactions contrastées en raison d’une mise en scène audacieuse et décalée.
- La nouvelle production se déroule dans une ambiance de fête foraine décrépite des années 1970, loin du cadre rural traditionnel de l’opéra.
- La direction musicale, sous la houlette de Tomáš Hanus, a été saluée pour sa précision et son équilibre, tandis que la mise en scène de Dirk Schmeding a divisé la critique.
- Slávka Zámečníková, dans le rôle de Mařenka, a été particulièrement appréciée pour sa performance vocale émouvante.
Loin des clichés folkloriques et des représentations traditionnelles de l’identité nationale, la nouvelle production de « La Mariée vendue » à l’Opéra d’État de Vienne propose une relecture radicale de l’œuvre de Smetana. Le metteur en scène allemand Dirk Schmeding a choisi de transposer l’action dans une fête foraine délabrée des années 1970, un univers sombre et décalé où la musique lumineuse de Smetana contraste avec un environnement visuel oppressant. Cette approche, qui vise à déconstruire les notions de tradition et de patriotisme, a suscité des débats passionnés.
La scène, conçue par Robert Sweat, est en perpétuel mouvement, encombrée de ferraille, de stands de bière géants et de saucisses monumentales, ainsi que d’attractions incongrues comme un rodéo d’amour. Dans le dernier acte, une foule d’artistes de cirque envahit la scène, attirant l’attention sur des éléments spectaculaires qui détournent l’attention des enjeux dramatiques. Le duo entre Hans et Marie est projeté sur un écran transparent, ajoutant une dimension vidéo à la mise en scène. Selon la critique, cette accumulation d’éléments visuels finit par rendre l’action confuse et difficile à suivre.
L’interprétation vocale, quant à elle, a été assurée par une distribution tchèque et slovaque, chantant en allemand. La nouvelle traduction du texte allemand, fruit d’une collaboration entre Susanne Felicitas Wolf et Sergio Morabito, s’appuie sur des versions antérieures de Carl Riha et Winfried Höntsch, ainsi que sur des passages des travaux de Kurt Honolka et Paul Esterhazy. Le choix de ne pas utiliser la traduction classique de Max Kalbeck a été justifié par les responsables artistiques, mais n’a pas fait l’unanimité.
Slávka Zámečníková, dans le rôle de Marie (Mařenka), a été unanimement saluée pour sa performance vocale. Sa voix claire et émouvante a captivé le public, notamment lors de l’aria exprimant son désespoir face à la trahison. Pavol Breslik, interprétant Hans (Jeník), a fait preuve d’une puissance vocale typique des chanteurs slaves, bien que son personnage ait été contraint d’évoluer dans un costume extravagant. Michael Laurenz, dans le rôle de Wenzel (Vašek), a offert une interprétation touchante d’un jeune homme timide et maladroit, tandis qu’Ilia Staple, dans le rôle d’Esmeralda, a été éclipsée par la mise en scène. Peter Kellner, dans le rôle du courtier Kecal, n’a pas réussi à incarner pleinement la complexité du personnage.
La direction musicale de Tomáš Hanus a été particulièrement appréciée. Il a su mettre en valeur la richesse et la beauté de la partition de Smetana, offrant une interprétation précise et équilibrée. L’orchestre a brillé par sa sonorité chaleureuse et sa dynamique expressive. À la fin du spectacle, les applaudissements ont été nourris pour les interprètes, mais un concert de sifflets a retenti pour l’équipe artistique, témoignant du malaise suscité par la mise en scène.
Renate Wagner
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