Publié le 30 septembre 2023. Une équipe de l’Université du Queensland en Australie a découvert que le cerveau utilise les graisses, en plus du glucose, comme source d’énergie pour les neurones. Cette avancée pourrait ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques pour des maladies neurologiques métaboliques, notamment la maladie d’Alzheimer.
- Les chercheurs ont démontré que les neurones utilisent les graisses pour alimenter la pensée et le mouvement.
- Une perte de fonction du gène DDHD2 perturbe l’équilibre des graisses dans le cerveau et est liée à une forme rare de paralysie, la paraplégie spastique héréditaire 54 (HSP54).
- Des suppléments d’acides gras activés ont restauré la fonction neuronale dans des modèles animaux, même en présence d’un gène DDHD2 défectueux.
Longtemps, la communauté scientifique a considéré que le glucose était la principale, voire l’unique, source d’énergie pour le cerveau. Cette nouvelle étude, publiée dans la revue Nature Metabolism, remet en question cette hypothèse en démontrant le rôle crucial des lipides dans le fonctionnement neuronal. L’équipe de l’Université du Queensland a ainsi mis en évidence que les neurones tirent parti des graisses pour maintenir la communication et assurer leurs fonctions vitales.
Selon Merja Joensuu, de l’Institut australien de Bio-ingénierie et de la nanotechnologie de l’UQ, et principale auteure de l’étude,
« Les graisses sont sans aucun doute une partie cruciale du métabolisme énergétique du neurone dans le cerveau et pourraient être une clé pour réparer et restaurer la fonction lorsqu’elle se décompose. »
Merja Joensuu, Institut australien de Bio-ingénierie et de la nanotechnologie de l’UQ
Les recherches ont notamment porté sur le gène DDHD2. Les scientifiques ont constaté que sa perte de fonction entraîne un déséquilibre dans le métabolisme des graisses cérébrales, conduisant à la paraplégie spastique héréditaire 54 (HSP54), une maladie génétique rare caractérisée par une raideur et une faiblesse progressive des membres inférieurs. Les neurones utilisent des molécules de graisse spécifiques, les acides gras libres saturés, produits par DDHD2, pour maintenir la communication entre eux.
Les résultats de l’étude suggèrent que la compréhension de ces mécanismes pourrait permettre de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques pour les troubles cérébraux liés à des problèmes métaboliques et les maladies neurodégénératives. L’équipe a déjà observé des résultats prometteurs en utilisant des suppléments d’acides gras activés pour restaurer la production d’énergie et la fonction neuronale dans des modèles animaux porteurs d’un gène DDHD2 défectueux.
« Nous avons constaté que les suppléments d’acides gras activés ont restauré la production d’énergie et la fonction normale même dans les neurones avec le gène DDHD2 défectueux dans les modèles animaux, après une augmentation des sucres, inefficace. »
Merja Joensuu, Institut australien de Bio-ingénierie et de la nanotechnologie de l’UQ
Elle qualifie cette découverte de « changement de paradigme » majeur.
Les chercheurs préparent désormais des études précliniques pour évaluer l’efficacité et la sécurité des acides gras activés en vue de futurs essais cliniques. Cette recherche, menée en collaboration avec des scientifiques de Finlande, de Norvège et d’Égypte, ouvre des perspectives encourageantes pour le traitement de la HSP54 et d’autres affections neurologiques complexes.