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Le soude peut augmenter le risque de dépression chez les femmes

by Sophie Martin

Publié le 2024-02-29 18:53:00. Une nouvelle étude révèle un lien potentiel entre la consommation régulière de sodas et un risque accru de dépression, en particulier chez les femmes, via une modification de la flore intestinale.

  • La consommation de sodas est associée à une augmentation de certaines bactéries intestinales, notamment Eggerhella, déjà liées à la dépression.
  • Cette association est plus marquée chez les femmes, mais les chercheurs soulignent que les hommes ne sont pas à l’abri des effets néfastes des boissons sucrées.
  • Les sodas diététiques pourraient également présenter des risques pour la santé mentale en raison de la présence d’édulcorants artificiels et de conservateurs.

Les effets délétères des sodas sur la santé physique sont bien établis : obésité, diabète de type 2, maladies cardiaques et même certains cancers. Désormais, une recherche menée par l’hôpital universitaire de Francfort en Allemagne suggère que ces boissons pourraient également influencer la santé mentale en modifiant la composition du microbiome intestinal.

« Nos données suggèrent que la relation entre les boissons gazeuses et les symptômes dépressifs se produit par l’influence du microbiome », explique le Dr Sharmili Edwin Thanarajah, psychiatre et responsable de l’étude. Le Dr Thanarajah précise que le microbiome désigne l’ensemble des milliards de bactéries, de champignons, de parasites et de virus qui vivent dans le corps humain, principalement dans l’intestin.

L’équipe du Dr Thanarajah a analysé les données médicales de plus de 900 adultes allemands âgés de 18 à 65 ans. Les participants ont rempli des questionnaires sur leurs habitudes alimentaires et ont fourni des échantillons de selles pour l’analyse de leur microbiome intestinal. Les chercheurs ont comparé les données d’environ 400 personnes diagnostiquées avec un trouble dépressif majeur à celles d’un groupe témoin d’environ 500 personnes en bonne santé. Environ 65 % des participants dans chaque groupe étaient des femmes.

Les résultats, publiés dans la revue Psychiatrie JAM, ont révélé un lien significatif entre la consommation de sodas et le diagnostic de dépression, ainsi que la gravité des symptômes dépressifs, mais uniquement chez les femmes. Les femmes qui buvaient le plus de sodas présentaient un risque de dépression 17 % plus élevé que celles qui n’en consommaient pas régulièrement. Elles rapportaient également des symptômes dépressifs plus sévères, tels que la tristesse intense, des pensées suicidaires, un sentiment de dégoût de soi, une fatigue intense et des difficultés importantes à fonctionner.

Les chercheurs ne disposent pas d’explication définitive quant à la raison pour laquelle cet effet ne se manifeste que chez les femmes, mais ils émettent l’hypothèse que des différences hormonales ou des réactions du système immunitaire liées au sexe pourraient jouer un rôle.

Hennis Tung, diététiste enregistrée basée à Hong Kong, met en garde contre l’interprétation de ces résultats comme une autorisation pour les hommes de consommer des sodas sans risque. Mme Tung souligne que « la consommation excessive de boissons sucrées peut avoir de nombreux effets négatifs sur la santé pour tout le monde, notamment la prise de poids et un risque accru de maladies chroniques. »

L’étude a également mis en évidence un rôle potentiel d’une bactérie intestinale spécifique, Eggerhella. Les femmes consommant régulièrement des sodas sucrés présentaient des niveaux significativement plus élevés de cette bactérie, qui a déjà été associée à la dépression dans des études antérieures. Les auteurs suggèrent que Eggerhella pourrait être un lien biologique entre la consommation de sodas et le développement de la dépression.

« Les sucres simples en excès dans les boissons gazeuses perturbent le microbiome intestinal en favorisant les bactéries pro-inflammatoires, en affaiblissant l’intégrité de la barrière intestinale et en altérant l’immunité muqueuse », expliquent le Dr Thanarajah et ses co-auteurs. Cette inflammation pourrait ensuite se propager au système nerveux central, déclenchant des symptômes dépressifs.

Les sodas diététiques ne sont pas nécessairement une alternative plus sûre. Une étude de 2013 a suggéré que la consommation de ces boissons allégées en calories pourrait également augmenter le risque de problèmes de santé mentale. Uma Naidoo, psychiatre et directrice de la psychiatrie nutritionnelle et métabolique au Massachusetts General Hospital de Boston, explique que Dr Naidoo « les additifs présents dans certains sodas, tels que les édulcorants artificiels et les conservateurs, peuvent perturber davantage l’équilibre du microbiome intestinal et potentiellement affecter la santé mentale. »

Les chercheurs reconnaissent certaines limites à leur étude, notamment le fait que les participants étaient tous allemands, que les données alimentaires étaient auto-déclarées et que la conception de la recherche était principalement observationnelle. Ils soulignent la nécessité de mener des recherches supplémentaires pour comprendre comment des interventions nutritionnelles ciblées pourraient aider à soulager les symptômes de la dépression.

Le Dr Naidoo, membre de l’Association psychiatrique américaine, rappelle que la relation entre l’alimentation et la santé mentale est bidirectionnelle : une mauvaise alimentation peut affecter la santé mentale, mais une mauvaise santé mentale peut également conduire à de mauvais choix alimentaires, créant ainsi un cercle vicieux.

Les résultats de cette étude soulignent l’importance de briser les habitudes malsaines. « Même une consommation modérée de boissons sucrées peut être risquée, surtout si elle remplace des options plus saines », conseille Mme Tung. « Des recherches antérieures ont montré qu’une à deux portions de sodas par jour peuvent déjà être préjudiciables à la santé, et ces effets ne sont pas nécessairement compensés par l’activité physique. Les sodas sucrés n’apportent aucun bénéfice nutritionnel et sont riches en calories vides. »

Pour réduire sa consommation de sodas, Mme Tung recommande de se fixer des objectifs réalistes et de procéder à des changements progressifs plutôt que de tout arrêter d’un coup. « Recherchez des alternatives qui vous plaisent et que vous pouvez maintenir à long terme, comme le thé non sucré, l’eau infusée, l’eau gazeuse ou le seltzer. »

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