Home NouvellesLa démocratie américaine pourrait ne pas survivre une autre année – l’Europe est-elle prête pour cela? | Alexander Hurst

La démocratie américaine pourrait ne pas survivre une autre année – l’Europe est-elle prête pour cela? | Alexander Hurst

by Nicolas Lefèvre

L’érosion des institutions démocratiques aux États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, suscite une inquiétude croissante en Europe. Au-delà des questions de légalité, c’est un changement profond de nature qui menace les valeurs fondamentales de l’Union européenne et exige une réponse stratégique.

L’image d’un fascisme traditionnel – uniformes noirs, synchronisation, menace – contraste fortement avec le profil de Donald Trump : un homme en surpoids, aux difficultés d’élocution, obsédé par le marbre. Pourtant, comme l’observait Umberto Eco, le fascisme peut se dissimuler sous des apparences inattendues. Des historiens et des observateurs au sein même de la première administration Trump ont identifié les marqueurs clés décrits par Eco : un appel à la tradition, un rejet de la raison, la peur de l’altérité, l’hostilité à la contradiction, le ressentiment, le machisme et une dégradation du langage.

L’historien Robert Paxton a récemment expliqué avoir changé d’avis sur l’utilisation du terme « fascisme » pour décrire le trumpisme, soulignant un « bouillonnement inquiétant venu d’en bas », comparable aux mouvements fascistes originaux. « C’est la vraie chose », affirmait-il. Depuis, l’administration Trump a déployé l’armée et la Garde nationale américaine dans des villes contre l’avis des gouverneurs locaux, exercé des pressions sur les législatures des États contestés et envisagé de privilégier les électeurs résidant à l’étranger en limitant le vote par correspondance.

Des mesures de censure à l’encontre des médias et des artistes critiques, ainsi qu’une utilisation potentiellement illégale des pouvoirs exécutifs – notamment par le biais de tarifs douaniers et d’exemptions ciblées pour contraindre les entreprises – témoignent d’une prise de pouvoir alarmante. Se focaliser uniquement sur la légalité de ces actions, selon certains analystes, revient à négliger l’ampleur du problème. Une éventuelle acquiescement de la Cour suprême à ces changements fondamentaux ne serait qu’un signe supplémentaire de la profondeur de la crise.

Le discours tenu lors des funérailles de Charlie Kirk, un militant pro-Trump, par Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche, a illustré cette dérive. Miller a dénoncé un « ils » diffus, incapable de comprendre « l’armée qui est née en chacun de nous », et a asséné : « Vous n’êtes rien. Vous n’avez rien. Vous êtes méchanceté, jalousie, envie, haine. Vous ne pouvez rien construire. »

Face à cette situation, l’Europe est passée du déni à des tentatives de négociation, acceptant dans une certaine mesure le désengagement américain. Cependant, un débat public approfondi sur la manière de réagir à un gouvernement américain hostile aux valeurs de l’UE est quasiment inexistant. Les dirigeants européens craignent que toute prise de position trop ferme ne conduise à un retrait du soutien américain à l’Ukraine.

Certains estiment qu’il est possible de gagner du temps en flatant Donald Trump, en espérant une « normalisation » de la situation d’ici 2026. Mais cette stratégie est illusoire. Marc Elias, un avocat spécialisé dans les élections démocrates, a averti que les élections de 2026 pourraient ne pas être libres et équitables, et que même si c’était le cas, les résultats pourraient ne pas être respectés, compte tenu des antécédents insurrectionnels de Trump. De plus, ce dernier prépare déjà le terrain pour abandonner l’Ukraine à l’Europe.

L’erreur, selon de nombreux observateurs, a été de ne pas prendre les déclarations de Trump au sérieux. Quand il affirme « Je déteste mon adversaire et je ne veux pas le meilleur pour lui », l’Europe doit le prendre au pied de la lettre. L’agenda autoritaire de l’administration Trump pose des questions fondamentales en Europe. Un États-Unis doté d’une police d’immigration secrète, déployant ses militaires dans des villes contestées et utilisant le système judiciaire pour se venger de ses adversaires politiques, représente une menace pour la démocratie européenne, notamment parce qu’il encourage les forces qui cherchent à la détruire.

L’opinion publique européenne semble plus lucide que ses dirigeants. Un récent sondage Eurobaromètre a révélé qu’une large majorité de citoyens souhaitent que l’UE les protège des crises et des risques de sécurité, qu’elle dispose de davantage de moyens financiers pour le faire et qu’elle adopte une position plus ferme face aux États-Unis. Une enquête menée dans cinq grands pays de l’UE (France, Allemagne, Espagne, Italie et Pologne) a montré que 52 % des personnes interrogées estiment que l’UE a été humiliée par le récent accord commercial avec les États-Unis, et que 39 % souhaitent que le bloc devienne plus « oppositionnel » à Trump.

Timothy Garton Ash a récemment donné aux Américains 400 jours pour sauver leur démocratie. En tant qu’Européens, nous devons partir du principe que le temps est compté. Il est temps pour l’Europe d’engager une conversation honnête sur les défis posés par Trump, de la même manière qu’elle s’est mobilisée face à l’agression de Vladimir Poutine. Le danger réside dans l’hésitation et l’évitement de cette conversation. Si les dirigeants européens ne font pas preuve de franchise, les citoyens pourraient conclure que la démocratie européenne et ses institutions sont trop fragiles pour résister à la pression croissante.

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