Home SantéL’activation auto-immune pourrait expliquer pourquoi ELA progresse si rapidement chez de nombreux patients

L’activation auto-immune pourrait expliquer pourquoi ELA progresse si rapidement chez de nombreux patients

by Sophie Martin

Publié le 2 octobre 2023. Une nouvelle étude américaine suggère que la sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie neurodégénérative progressive, pourrait avoir une composante auto-immune, ouvrant de nouvelles perspectives pour le traitement de cette pathologie incurable.

  • Des chercheurs ont identifié une réaction auto-immune chez les patients atteints de SLA, où les cellules immunitaires attaquent des protéines spécifiques du système nerveux.
  • La présence de lymphocytes T CD4+ anti-inflammatoires semble corrélée à une survie plus longue chez les patients.
  • Cette découverte pourrait conduire à de nouvelles thérapies ciblant le système immunitaire pour ralentir la progression de la SLA et d’autres maladies neurodégénératives.

La sclérose latérale amyotrophique (SLA) est une maladie rare et dévastatrice qui affecte les motoneurones, les cellules nerveuses responsables du contrôle des muscles. Chaque année, environ 5 000 Américains reçoivent un diagnostic de SLA. La moitié des patients décèdent dans les 14 à 18 mois suivant le diagnostic, le plus souvent en raison d’une insuffisance respiratoire. Malgré des décennies de recherche, la cause exacte de la SLA reste inconnue.

L’étude, publiée dans la revue Nature, révèle que les lymphocytes T CD4+, des cellules immunitaires inflammatoires, identifient à tort certaines protéines du système nerveux comme des menaces chez les personnes atteintes de SLA. “Il s’agit de la première étude qui démontre clairement qu’il existe une réaction auto-immune chez les personnes atteintes de SLA, ciblant des protéines spécifiques associées à la maladie”, explique le professeur Alessandro Sette de l’Institut d’immunologie de Jolla (Jolla Institute for Immunology), qui a mené l’étude en collaboration avec le professeur David Sulzer de l’Université Irving Medical Center de Columbia.

Les chercheurs ont constaté que les patients atteints de SLA produisent un nombre élevé de lymphocytes T CD4+ qui attaquent une protéine particulière, C9ORF72, présente dans les neurones. Ce type d’attaque du “soi” est une caractéristique clé des maladies auto-immunes. “La SLA a une composante auto-immune, et cette étude nous donne des indices sur les raisons pour lesquelles la maladie progresse si rapidement”, précise le professeur Sulzer. “Ces recherches nous offrent également une piste possible pour le développement de traitements.”

L’étude a également mis en évidence des différences significatives dans la durée de vie des patients. Si la SLA évolue généralement rapidement, environ 10 % des patients vivent avec la maladie pendant dix ans ou plus. À titre d’exemple, le joueur de baseball Lou Gehrig est décédé seulement deux ans après son diagnostic, tandis que le physicien Stephen Hawking a vécu 55 ans avec la maladie. Les scientifiques n’ont pas encore déterminé les facteurs expliquant cette variabilité.

Les chercheurs ont identifié deux groupes de patients présentant des profils immunologiques distincts. Le premier groupe, avec une espérance de vie plus courte, présentait une activation rapide des cellules inflammatoires CD4+ qui libéraient des médiateurs inflammatoires en réponse à la protéine C9ORF72. Le second groupe, avec une espérance de vie plus longue, possédait également des cellules CD4+ inflammatoires, mais également un nombre plus important de cellules T CD4+ anti-inflammatoires.

Ces cellules T CD4+ anti-inflammatoires jouent un rôle crucial dans la régulation de la réponse immunitaire. Lorsqu’elle combat une infection virale, par exemple, le système immunitaire produit des cellules T inflammatoires pour éliminer les cellules infectées. Une fois le virus éliminé, les cellules T CD4+ anti-inflammatoires interviennent pour empêcher les cellules T inflammatoires de causer des dommages aux tissus sains. Les scientifiques ont été surpris de constater un mécanisme similaire chez les patients atteints de SLA.

Les résultats suggèrent que les cellules T CD4+ pourraient atténuer les réactions auto-immunes nocives et ralentir la progression de la SLA. Les futures stratégies thérapeutiques pourraient viser à renforcer les réponses protectrices des cellules T CD4+ et à réduire l’inflammation. Cette approche pourrait également être applicable à d’autres troubles neurodégénératifs tels que la maladie de Parkinson, la maladie de Huntington et la maladie d’Alzheimer.

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