Publié le 2025-10-03 05:19:00. L’engouement médiatique autour de médicaments comme l’Ozempic et le Mounjaro, initialement destinés au traitement du diabète, suscite une inquiétude croissante quant à la pression sociale exercée sur l’image corporelle, même chez les femmes ayant déjà une relation complexe avec leur poids.
- L’omniprésence de la perte de poids dans les médias et sur les réseaux sociaux intensifie les préoccupations liées à l’apparence physique.
- L’accès facilité à ces médicaments, même pour ceux qui n’en ont pas médicalement besoin, crée une nouvelle forme de pression sociale.
- L’auteure explore la résurgence de préoccupations liées au poids après des années de travail sur l’acceptation de soi.
Depuis quelques années, la question du poids semble avoir pris une ampleur inédite, alimentée par l’arrivée sur le marché de médicaments tels que l’Ozempic ou le Mounjaro, des agonistes des récepteurs du GLP-1 (glucagon-like peptide-1). Partout, à la télévision, sur internet, sur les réseaux sociaux, au travail, l’image de la perte de poids rapide est omniprésente. Aujourd’hui, lorsqu’une connaissance semble avoir perdu du poids, l’hypothèse d’une maladie grave s’éloigne au profit d’une supposition plus courante : elle est « sous traitement ».
Il ne s’agit plus seulement de perdre une ou deux tailles de vêtements. Les visages s’affinent, les habitués de la gastronomie se contentent de déplacer la nourriture dans leur assiette, et les conversations tournent souvent autour de l’impossibilité de porter leurs anciens vêtements. Une amie de l’auteure a même dû faire retoucher ses vêtements pour qu’ils lui aillent, après avoir perdu suffisamment de poids pour que sa chemise ne tienne plus sur son ventre.
Pour celles qui ont lutté toute leur vie pour ne pas laisser l’image corporelle prendre le dessus, cette situation représente un véritable recul. L’auteure témoigne d’une bataille de plusieurs décennies contre une forme de misogynie intériorisée qui la poussait à se juger en fonction de la taille de ses jeans (taille 38 ou 40). Elle pensait avoir gagné cette bataille, mais l’arrivée de ces médicaments a ravivé ses anciennes insécurités.
Comme l’écrit Margaret Atwood, « au fond de chaque femme se cache un homme qui regarde une femme ». Après la ménopause, l’auteure avait finalement réussi à composer avec ce regard masculin intériorisé, à accepter son corps tel qu’il était. Mais aujourd’hui, le Mounjaro résonne comme un murmure constant, une voix critique qui lui suggère de perdre quelques kilos, de retrouver sa silhouette d’autrefois. « Juste une petite injection, dit cette voix, comme Gollum, et sept, quatorze, voire vingt et un kilos pourraient disparaître. Ne voudriez-vous pas retrouver vos jeans taille 36 ? Ne le regretteriez-vous pas ? Juste une petite injection. »
L’auteure s’interroge sur les effets secondaires à long terme et les conséquences de l’arrêt du traitement, tout en reconnaissant qu’il existe probablement des réponses à ces questions sur internet, sur des forums de discussion.
« Est-ce une coïncidence que, tout comme la positivité corporelle prenait racine avec une génération de femmes plus jeunes et que les plus âgées reconsidèrent, le long de ces médicaments ? »
L’auteure souligne qu’elle connaît de nombreuses femmes pour qui ces médicaments ont été transformateurs. Une amie a utilisé le Mounjaro après une hystérectomie et une ménopause prématurée, qui avaient entraîné une prise de poids importante. Après quelques mois de traitement, elle a perdu du poids et retrouvé confiance en elle.
Cependant, l’auteure s’inquiète de l’impact de ces médicaments sur les femmes qui n’en ont pas réellement besoin, sur celles qui sont prises dans un cercle vicieux de préoccupations liées à leur apparence. Elle avoue avoir elle-même été tentée d’essayer ces médicaments, mais a finalement renoncé, consciente des risques et des effets secondaires potentiels.
« À la plume ou à ne pas stylo, c’est la question. »
Après avoir tenté, sans succès, de se procurer ces médicaments, l’auteure a ressenti de la honte et s’est interrogée sur son manque de volonté. Elle a finalement réalisé qu’elle n’était pas seule dans cette situation. De nombreuses femmes, même celles qui ont déjà travaillé sur leur image corporelle, sont confrontées à cette pression sociale et sont tentées d’utiliser ces médicaments pour retrouver une silhouette qu’elles pensent avoir perdue.
La plupart des femmes interrogées n’étaient pas en surpoids au sens médical du terme, mais souhaitaient simplement retrouver leur silhouette d’autrefois. Elles avaient déjà dépensé beaucoup d’argent dans des régimes et des produits miracles, sans succès. Elles étaient, comme l’auteure, prises au piège d’un bruit constant, d’une obsession pour la perte de poids.
L’auteure se souvient avoir suivi des régimes pendant la majeure partie de sa vie, en raison d’une image corporelle négative ancrée depuis l’adolescence. Elle avait appris à ignorer cette voix critique, mais l’arrivée de ces médicaments a ravivé ses anciennes insécurités. Elle souligne que 3,5 % des femmes de 40 à 50 ans déclarent avoir souffert d’un trouble de l’alimentation au cours des 12 derniers mois, et que plus d’une femme sur 10 de plus de 50 ans présente des symptômes d’un trouble de l’alimentation. Plus de 70 % des femmes de 40 ans ne sont pas satisfaites de leur poids.
Même si l’auteure affirme se soucier moins du regard des autres, elle reconnaît que le bruit persiste, qu’il est omniprésent sur les réseaux sociaux et dans son esprit. Elle n’a pas encore trouvé de moyen de le faire taire.