Home AffairesMontrez-moi les données: la fermeture crée un vide alors que les économistes envisagent des numéros d’emploi

Montrez-moi les données: la fermeture crée un vide alors que les économistes envisagent des numéros d’emploi

by Amélie Bernard

La paralysie politique à Washington, avec la fermeture partielle du gouvernement américain, plonge les économistes dans une incertitude inédite, exacerbée par un manque crucial de données économiques. L’attente de chiffres clés, notamment ceux concernant l’emploi, est devenue une source d’anxiété comparable à la quête désespérée d’informations dans le film Jerry Maguire.

L’absence de statistiques officielles, comme les chiffres de l’emploi américain, est particulièrement préoccupante. Certains analystes se rabattent sur des méthodes d’estimation, qualifiées de « lecture de feuilles de thé » par Wall Street, après la publication de données préliminaires du secteur privé révélant une baisse de 32 000 emplois en septembre – un indicateur dont la fiabilité est souvent remise en question.

Face à ce vide informationnel, les experts sont contraints de s’appuyer sur des sources alternatives, allant jusqu’à interroger des acteurs économiques sur le terrain. Les observations de la Réserve fédérale (Fed) évoquent une demande d’embauche en baisse et, dans certains cas, des licenciements. Ces informations prendront une importance démesurée avant la prochaine réunion de la Fed en octobre.

Cependant, l’impact à long terme de cette fermeture gouvernementale semble limité. Les employés fédéraux devraient retrouver leur emploi avec un arriéré de salaire une fois la situation débloquée, sans conséquences économiques durables majeures. La question des licenciements massifs reste en suspens.

Un autre développement notable cette semaine est l’accord entre la Maison Blanche et le laboratoire pharmaceutique Pfizer. Ce dernier s’engage à réduire les prix des médicaments aux États-Unis en échange d’une suspension de trois ans des droits de douane. Cet accord confirme une tendance à la négociation directe entre les gouvernements et les grands fabricants, comme l’ont déjà évoqué les constructeurs automobiles européens en échange d’investissements.

Cette situation soulève plusieurs questions. Tout d’abord, une généralisation de ces accords pourrait-elle stimuler la croissance européenne, alors que l’accord UE-États-Unis d’août semble avoir échoué ? La réponse dépendra de la pérennité de ces transactions. Ensuite, quelles seront les conséquences pour les droits de douane sur les produits pharmaceutiques ? L’imposition de droits de 25 % sur tous les produits pharmaceutiques pourrait augmenter le taux tarifaire moyen américain de 18 % à 20 %. Toutefois, il est probable que ces droits ne soient pas appliqués intégralement, ou du moins pas sans exemptions.

Enfin, les droits de douane élevés sont-ils utilisés comme levier de négociation pour inciter les entreprises à investir aux États-Unis ? Le cas de la Suisse, soumise à un droit de douane de 39 %, est particulièrement pertinent. Un accord avec son industrie pharmaceutique pourrait lui apporter un soulagement, mais encouragerait-il également les États-Unis à réduire le taux de douane global à 15 %, comme celui appliqué à l’Union européenne ?

Par ailleurs, la légalité de l’utilisation des pouvoirs d’urgence par le président pour imposer des droits de douane sera examinée par la Cour suprême le 5 novembre. Une décision est attendue d’ici la fin de l’année, et de nombreux experts juridiques prédisent une défaite pour le président. Si tel est le cas, cela pourrait entraîner un chaos, avec des remboursements de droits de douane déjà payés, mais aussi la possibilité pour le président de recourir à d’autres moyens juridiques pour rétablir des barrières tarifaires.

Enfin, il est essentiel de surveiller les développements entre le Japon, la Corée du Sud et les États-Unis concernant leurs engagements d’investissement respectifs. Des désaccords sur la nature de ces promesses – garanties de prêt ou investissements en espèces – pourraient entraîner une remontée des droits de douane.

Dans ce contexte d’incertitude, les économistes américains attendent avec impatience de nouvelles données économiques. Et, en dernier recours, certains n’hésitent pas à inventer leurs propres chiffres.

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