Les banques centrales sont-elles en désaccord sur la meilleure marche à suivre face à l’inflation persistante ? Après une décision divisée de la Banque d’Angleterre cette semaine, les marchés s’interrogent sur la capacité des institutions monétaires à harmoniser leurs politiques, alors que de nouvelles données économiques cruciales sont attendues, notamment aux États-Unis.
Les économies britannique et américaine présentent de nombreuses similitudes : une inflation qui devrait atteindre environ 4 % cette année, des marchés du travail tendus et des révisions importantes des chiffres d’emploi. Pourtant, leurs banques centrales semblent adopter des stratégies divergentes en matière de taux d’intérêt, une situation perçue comme déconcertante par les investisseurs.
Les marchés financiers anticipent plus de trois baisses de taux aux États-Unis d’ici le printemps prochain, alors que les prévisions pour le Royaume-Uni n’en prévoient qu’une seule, voire aucune. Cette divergence est d’autant plus frappante que les deux pays sont confrontés à des défis économiques similaires et à une incertitude quant à leurs politiques intérieures.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce désaccord. Tout d’abord, l’interprétation des données économiques est devenue plus complexe et sujette à caution. Au Royaume-Uni, par exemple, les données sur les salaires devraient confirmer un ralentissement de l’emploi, mais les licenciements n’ont pas augmenté et les enquêtes suggèrent un embauche stable. Il est donc difficile d’obtenir une image claire de la situation.
La qualité des données joue également un rôle. Les taux de réponse aux enquêtes clés ont diminué depuis la pandémie de Covid-19, ce qui entraîne des révisions importantes des chiffres, comme celles récemment observées pour les dépenses de consommation aux États-Unis. Isoler les tendances devient ainsi plus ardu.
En outre, l’offre économique, un concept souvent flou, est devenue un facteur déterminant. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les pénuries de main-d’œuvre, exacerbées par la pandémie, sont difficiles à quantifier, ce qui alimente les divergences d’opinions. Aux États-Unis, les restrictions en matière d’immigration pourraient limiter la disponibilité de la main-d’œuvre, ce qui a incité le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, à accorder une plus grande importance aux données sur le taux de chômage, qui reflètent mieux ces contraintes d’offre.
L’inflation reste une source de désaccord majeure. Les données américaines de la semaine prochaine devraient confirmer une pression persistante sur les prix. Bien que cette hausse des tarifs soit susceptible d’être temporaire, les responsables de la Réserve fédérale et de la Banque d’Angleterre craignent une répétition de l’épisode inflationniste de 2022. Ils estiment que l’inflation pourrait s’ancrer lorsque le taux atteint 3,5 à 4 %, modifiant ainsi les comportements des ménages et des entreprises.
Cependant, compte tenu des retards importants entre les décisions de politique monétaire et leur impact réel sur l’économie, les banques centrales pourraient être contraintes d’agir rapidement. Les prêts à taux fixe, de plus en plus courants, amplifient ce décalage. La Réserve fédérale pourrait donc être amenée à réduire ses taux plus rapidement que prévu, avec quatre baisses anticipées d’ici le début de 2026, selon certaines estimations.
En conclusion, l’incertitude entourant les données économiques, les divergences au sein des conseils d’administration des banques centrales et la volatilité de l’inflation créent une période d’instabilité des anticipations des marchés. Chaque publication de données sera scrutée à la loupe, et les prochains chiffres américains, notamment l’indice des prix à la consommation et le rapport sur l’emploi, constitueront un test crucial pour les prévisions de baisse de taux.