Publié le 8 octobre 2025 à 14h10. Des astronomes ont observé une planète vagabonde, Cha 1107-7626, qui croît à une vitesse record en engloutissant des quantités massives de gaz et de poussière, un phénomène qui remet en question nos connaissances sur la formation des planètes.
- Cha 1107-7626 accrète environ six milliards de tonnes de gaz et de poussière par seconde.
- Il s’agit de l’épisode d’accrétion le plus important jamais observé sur un objet de masse planétaire.
- Ce processus de croissance rappelle celui des jeunes étoiles, suggérant des mécanismes similaires pour la formation des planètes et des étoiles.
Une équipe internationale d’astronomes a mis en évidence une croissance exceptionnellement rapide pour la planète Cha 1107-7626, une planète vagabonde – un corps céleste flottant librement dans l’espace sans orbiter autour d’une étoile. Cette planète, située à des années-lumière de la Terre, avale une quantité stupéfiante de matière, environ six milliards de tonnes de gaz et de poussière chaque seconde, grâce à un processus appelé accrétion.
Les scientifiques, dirigés par Víctor Almendros Abad de l’INAF (Istituto Nazionale di Astrofisica) en Italie, ont détecté un pic d’afflux de matière en août 2025, atteignant un taux huit fois supérieur à celui mesuré quelques mois auparavant. Cet événement constitue l’épisode d’accrétion le plus puissant jamais enregistré pour un objet de masse planétaire.
Les planètes vagabondes, également appelées planètes orphelines, sont des objets fascinants. On pense qu’elles se forment soit autour d’étoiles avant d’être éjectées de leur système, soit directement à partir de nuages de gaz, sans jamais parvenir à atteindre la masse nécessaire pour déclencher une réaction nucléaire et devenir une étoile à part entière. Privées de la lumière d’une étoile, leur surface est extrêmement froide et sombre.
L’étude de Cha 1107-7626 révèle que ce monde flottant est en réalité un lieu d’activité intense. L’équipe de recherche a utilisé des instruments de pointe, tels que le spectrographe X-shooter du Very Large Telescope (VLT) et le James Webb Space Telescope (JWST), pour analyser le spectre lumineux de la planète et mesurer son taux de croissance. Ils ont constaté une augmentation significative de la luminosité optique et infrarouge lors de l’explosion d’accrétion.
Un indice clé réside dans l’observation de la raie H-alpha (Hα), une ligne spectrale émise par l’hydrogène. Cette raie s’est élargie et a doublé de pic, avec un décalage vers des longueurs d’onde plus longues (décalage vers le rouge). Ce profil est caractéristique de l’accrétion magnétosphérique, un processus où le gaz froid s’écoule le long des lignes d’un champ magnétique vers une région de collision chaude – un mécanisme fréquemment observé dans les jeunes étoiles T Tauri.
Cette similitude suggère que les objets de masse planétaire pourraient utiliser les mêmes mécanismes magnétiques que les étoiles pour croître. L’accrétion modifie également le spectre infrarouge moyen de la planète, affectant les caractéristiques des hydrocarbures et révélant de nouvelles émissions proches de 6,6 microns, correspondant à celles de l’eau chaude observées dans les jeunes disques circumstellaires.
Le taux d’accrétion de Cha 1107-7626 a atteint environ 10-7 masses de Jupiter par an à son apogée. Ces niveaux dépassent les mesures des protoplanètes intégrées et se rapprochent de ceux observés lors d’explosions de jeunes étoiles de la classe EXor, des événements rapides et intenses qui durent des semaines, voire des mois.
Les chercheurs prévoient que de futures observations, notamment avec le Extremely Large Telescope (ELT), permettront de déterminer la fréquence et la durée de ces explosions. Si elles se répètent, ces explosions pourraient jouer un rôle dominant dans le développement de cette planète vagabonde au cours de ses premiers millions d’années.
Source : Terre