Home MondeLa Russie offre à ses soldats des primes de plus en plus élevées : « L’enthousiasme pour la guerre est faible »

La Russie offre à ses soldats des primes de plus en plus élevées : « L’enthousiasme pour la guerre est faible »

by Clara Dubois

Publié le 8 octobre 2025 16:29:00. Face aux besoins croissants sur le front ukrainien, la Russie intensifie ses efforts de recrutement en offrant des primes considérables, atteignant parfois l’équivalent de plusieurs années de salaire, tandis que l’Ukraine ajuste également ses politiques d’enrôlement.

  • La région de Tioumen en Sibérie propose une prime à la signature de 3 millions de roubles (environ 31 500 euros) aux nouvelles recrues, s’ajoutant aux 4 200 euros offerts par le gouvernement fédéral.
  • La Russie aurait mobilisé entre 30 000 et 40 000 hommes par mois, selon les estimations des services de renseignement occidentaux.
  • L’Ukraine, confrontée à une crise d’effectifs, encourage le volontariat avec des primes et des avantages financiers, tout en continuant à mobiliser des citoyens.

Pour pallier les difficultés d’approvisionnement en troupes, la Russie a mis en place un système de primes de recrutement de plus en plus attractives, variant considérablement d’une région à l’autre. La région de Tioumen, en Sibérie, se distingue en offrant une prime à la signature de 3 millions de roubles (environ 31 500 euros) aux nouveaux engagés, qui s’ajoute aux 4 200 euros promis par le gouvernement central à tous les volontaires. Au total, un nouveau soldat peut ainsi percevoir l’équivalent de trois années de salaire local en une seule fois, selon les informations rapportées par CNN.

Cette course aux primes témoigne des difficultés rencontrées par l’armée russe pour maintenir ses effectifs. Olaf Koens, correspondant en Russie, explique :

« La Russie a une conscription, mais la fréquentation et le déploiement des conscrits sont limités, il faut donc rechercher de nouvelles recrues. »

Olaf Koens, correspondant russe

L’argent est devenu un puissant levier pour attirer des combattants, en particulier dans les régions les plus défavorisées, comme le soulignent les données du New York Times. Koens précise que l’offre de primes s’étend désormais aux habitants des petites et moyennes villes.

Si le gouvernement russe privilégie l’engagement volontaire, la mobilisation forcée reste une réalité. Un marché noir s’est également développé, où des sommes considérables sont déboursées pour obtenir de faux certificats médicaux exemptant du service militaire. Selon les services de renseignement américains, la Russie mobiliserait environ 30 000 personnes chaque mois, un chiffre que certains services européens estiment plutôt à 40 000. L’Ukraine, de son côté, affirme que la Russie a dépassé ses objectifs de recrutement cet été, selon le Kyiv Independent.

Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) estime que ces primes pourraient représenter jusqu’à 2 % du PIB russe d’ici 2025, soulignant l’ampleur de l’effort financier consenti par Moscou pour maintenir sa capacité de combat. Dans un rapport récent, l’organisation américaine met en évidence la capacité de la Russie à mobiliser des ressources humaines supplémentaires.

Le président Vladimir Poutine a récemment annoncé que près de 700 000 soldats russes sont actuellement déployés en Ukraine, un chiffre légèrement supérieur à l’estimation ukrainienne de 640 000 soldats, selon l’agence Anadolu et le Kyiv Independent. Ces effectifs importants sont cependant confrontés à des pertes considérables. Des chercheurs indépendants de Mediazona ont identifié les noms de 132 615 soldats russes tués en Ukraine, mais estiment que le nombre réel de décès pourrait dépasser les 200 000, en accord avec les estimations américaines.

Le gouvernement russe tente de minimiser l’ampleur de ces pertes auprès de la population, mais la lassitude face à la guerre s’intensifie, selon Koens :

« Il est clair depuis un certain temps que l’enthousiasme de la population russe pour la guerre diminue. La guerre dure depuis maintenant trois ans et demi et il n’y a pas eu de victoires majeures du côté russe depuis longtemps. »

Olaf Koens, correspondant russe

Malgré les primes élevées, la corruption reste un problème majeur, avec des détournements de fonds et des soldats contraints de payer leur propre équipement.

La Russie étend également ses efforts de recrutement au-delà de ses frontières. On estime qu’up to 5 000 Cubains combattent dans l’armée russe, selon Reuters. Des passeurs au Kenya sont également accusés de recruter des hommes pour combattre en Russie, souvent avec de fausses promesses, comme le rapporte la BBC. Seule la Corée du Nord a officiellement envoyé des soldats en Russie, déployés notamment dans la région de Koursk, et pourrait en envoyer des dizaines de milliers de supplémentaires, selon CNN.

L’Ukraine, de son côté, recrute également activement, avec environ 20 000 nouveaux soldats par mois, selon Radio Free Europe/Radio Liberty. Les citoyens ukrainiens peuvent s’engager volontairement à partir de 18 ans, avec une prime à la signature d’environ 20 000 euros et la possibilité d’obtenir un prêt hypothécaire sans intérêt, comme l’indique The Guardian. La mobilisation forcée reste également pratiquée, bien que le gouvernement encourage également le volontariat, offrant aux engagés un choix quant à leur affectation.

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