Publié le 9 octobre 2025. Malgré une baisse globale du nombre de fumeurs aux Pays-Bas, les tentatives d’arrêt restent infructueuses pour beaucoup, et les inégalités sociales en matière de tabagisme persistent, notamment en lien avec le niveau de revenu et d’éducation.
- Plus de 3,1 millions de Néerlandais ont fumé ou vapoté l’année dernière.
- La proportion de fumeurs et de vapoteurs est en augmentation chez les jeunes.
- Le tabagisme est plus fréquent chez les personnes à faibles revenus et celles ayant un niveau d’éducation pratique.
Arrêter de fumer est un défi complexe, bien au-delà d’une simple question de volonté. L’addiction à la nicotine se manifeste physiquement, provoquant un regain d’agitation dès 45 minutes après une cigarette, et des symptômes de sevrage irritables durant la première semaine, avec un troisième jour particulièrement difficile. Mais l’aspect comportemental est tout aussi prégnant : fumer devient un rituel associé au café, aux tâches ménagères, ou à la promenade du chien, rendant la rupture d’habitude particulièrement ardue.
« Certaines personnes parviennent à arrêter du jour au lendemain, d’autres par essais et erreurs », explique Esther Croes, experte en tabac à l’Institut Trimbos.
« Comme personne n’est pareil, il n’a pas de sens de mentionner le nombre moyen de tentatives d’abandon du tabac. La bonne nouvelle est que tout le monde peut réussir. »
Esther Croes, experte en tabac, Institut Trimbos
Pourtant, malgré des années de politiques publiques visant à décourager le tabagisme, plus de 3,1 millions de Néerlandais ont continué à fumer ou à vapoter l’année dernière. Une tendance inquiétante est observée chez les jeunes, où la proportion de fumeurs et de vapoteurs est en hausse. Les disparités socio-économiques sont également flagrantes : selon une étude récente du CBS (Centraal Bureau voor de Statistiek), plus les revenus sont faibles, plus la consommation quotidienne de tabac est élevée. Dans les 20 communes néerlandaises où le tabagisme est le plus répandu, plus d’un adulte sur cinq est fumeur, et ces communes sont souvent caractérisées par un niveau de revenu bas.
Rotterdam arrive en tête de ce classement, avec 23,9 % de ses habitants qui fument ou vapotent occasionnellement. En analysant la répartition des revenus à Rotterdam, on constate que le revenu médian est d’environ 29 000 euros par an, un chiffre inférieur à celui de la plupart des autres communes néerlandaises (seulement dix communes sur 342 affichent un revenu médian plus faible). Des villes comme Groningen (forte concentration étudiante), Heerlen, Kerkrade et Pekela présentent également des taux de tabagisme élevés, avec des revenus inférieurs à la moyenne nationale (39 800 euros par an).
Le niveau d’éducation joue également un rôle important. Si le pourcentage de fumeurs est plus élevé parmi les personnes ayant une formation professionnelle, le plus grand nombre de fumeurs se trouve en réalité dans le groupe des personnes ayant un niveau d’éducation intermédiaire (diplôme HAVO, VWO ou MBO 2, 3 ou 4). « En termes de pourcentage, de nombreuses personnes fument dans le groupe ayant un faible niveau d’éducation. Mais aux Pays-Bas, il y a beaucoup plus de personnes ayant un niveau d’éducation intermédiaire », précise Esther Croes.
Pour les personnes à faibles revenus ou ayant un niveau d’éducation non universitaire, l’arrêt du tabac s’avère particulièrement difficile. « Les professionnels de la santé ont un rôle à jouer », souligne Esther Croes. « Ces personnes sont moins souvent orientées vers des soins adaptés pour arrêter de fumer, et pourtant, c’est la méthode la plus efficace. »
Le tabagisme reste la cause de décès la plus évitable, surpassant les risques liés à une mauvaise alimentation, au manque d’exercice et à la consommation d’alcool. Chaque année, 19 500 décès sont directement imputables au tabagisme, auxquels s’ajoutent 1 000 décès liés au tabagisme passif. « Si l’on en prend conscience, arrêter de fumer devient une évidence », conclut Esther Croes.
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