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Le retour du populiste tchèque est une victoire pour une politique pragmatique dans une Europe en mutation

Publié le 11 octobre 2025 16:45:00. Le retour au pouvoir d'Andrej Babis en République tchèque, suite aux élections législatives, marque une rupture avec le gouvernement sortant et témoigne d'un mécontentement croissant des électeurs face aux difficultés économiques. Malgré…

Le retour du populiste tchèque est une victoire pour une politique pragmatique dans une Europe en mutation

Publié le 11 octobre 2025 16:45:00. Le retour au pouvoir d’Andrej Babis en République tchèque, suite aux élections législatives, marque une rupture avec le gouvernement sortant et témoigne d’un mécontentement croissant des électeurs face aux difficultés économiques. Malgré un résultat sans majorité claire, l’ancien Premier ministre cherche à former une coalition, soulevant des questions sur l’avenir de la politique tchèque et son alignement européen.

  • Les élections ont vu la victoire du mouvement populiste ANO d’Andrej Babis, reflétant une désillusion face à la gestion de l’inflation et des coûts de l’énergie par le gouvernement précédent.
  • Babis devra former une coalition avec des partis de droite, notamment des formations anti-immigration et eurosceptiques, pour obtenir une majorité parlementaire.
  • Selon l’ancien chef de Transparency International, David Ondracka, la victoire de Babis est davantage pragmatique qu’idéologique, motivée par des intérêts financiers personnels.

Les élections législatives des 3 et 4 octobre ont propulsé Andrej Babis et son mouvement ANO au premier plan de la scène politique tchèque. Ce résultat surprenant témoigne d’un profond malaise social, exacerbé par la hausse de l’inflation, la flambée des prix de l’énergie et la stagnation des salaires. Le gouvernement de centre-droit du président sortant Petr Fiala n’a visiblement pas réussi à répondre aux préoccupations économiques des électeurs, ouvrant la voie à un retour en force du populisme.

« C’était une voie facile pour Babis d’accéder au pouvoir », explique David Ondracka, ancien dirigeant de Transparency International en République tchèque, interrogé par RFI. L’homme d’affaires milliardaire se retrouve désormais dans une position délicate, devant négocier avec d’autres partis pour former une coalition gouvernementale viable. Parmi les partenaires potentiels figurent le parti Liberté et Démocratie Directe (SPD), connu pour ses positions anti-immigration et eurosceptiques, ainsi qu’un parti conservateur également opposé à l’immigration.

Quelle que soit la configuration de la coalition, Ondracka anticipe une domination totale de Babis au sein de l’exécutif. Il met en garde contre un « conflit d’intérêts monstrueux », soulignant la manière dont l’homme d’affaires pourrait exploiter les fonds et les subventions publiques à son avantage personnel. Pour Ondracka, Babis est avant tout un pragmatique animé par des intérêts financiers, et non un idéologue dangereux.

« Ce n’est pas un homme politique pro-russe. Il est pro-européen, parce que c’est là qu’il voit le plus d’argent pour sa poche. »

David Ondracka, ancien président de Transparency International en République tchèque

Certains observateurs comparent Babis à des figures populistes européennes telles que Viktor Orban en Hongrie ou Marine Le Pen en France. Cependant, Ondracka estime que Babis est davantage un opportuniste qu’un fervent défenseur d’une idéologie particulière. « Babis n’est ni de droite ni de gauche. Il vous dit tout ce que vous voulez entendre. Ce qui compte vraiment pour lui, ce sont ses propres intérêts financiers et commerciaux », affirme-t-il.

Cette absence d’idéologie, paradoxalement, pourrait jouer en faveur du statu quo. Même s’il se positionne souvent en critique des élites et de la bureaucratie européenne, Babis est conscient que l’adhésion à l’Union européenne et, surtout, les fonds européens, constituent un pilier de sa puissance économique. Sa fortune, estimée à plus de 3,7 milliards d’euros, repose sur le conglomérat Agrofert, un groupe diversifié présent dans l’agriculture, la construction, l’énergie et les médias, en Europe et en Chine.

Babis a été contraint, en 2017, de transférer la propriété d’Agrofert à des fiducies contrôlées par sa famille afin de se conformer aux règles relatives aux conflits d’intérêts. Il est actuellement impliqué dans une bataille juridique concernant des accusations de fraude à l’obtention de subventions européennes, qu’il réfute catégoriquement.

Ondracka considère les résultats des élections tchèques comme un symptôme d’une tendance plus large en Europe. « Les élections reflètent les mêmes divisions sociétales que celles que l’on constate dans pratiquement tous les pays européens », explique-t-il à RFI. « Il y a les élites des villes, et puis il y a les gens qui se sentent tout simplement trahis par ces élites et qui ne leur font pas confiance. » Cette érosion de la confiance alimente le ressentiment et favorise l’émergence de populistes et de nationalistes proposant des « solutions simples ».

L’alliance du Visegrad quatre (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie) pourrait connaître un nouvel élan avec le retour de Babis. Ondracka estime toutefois que la coopération au sein de ce groupe restera limitée. « Il semble que Babis soit d’accord sur certaines questions avec Orban et [le Premier ministre slovaque Robert] Fico », dit-il, « mais il y a aussi une énorme opposition de la part de la Pologne et de [son Premier ministre Donald] Tusk, donc je ne pense pas que les Quatre de Visegrad seront un groupe très exploitable. Cela restera politiquement hors de propos au sein de l’UE. »

En matière d’influences extérieures, Ondracka relativise l’impact des discours populistes américains, soulignant que les électeurs tchèques sont avant tout motivés par des considérations économiques. En revanche, il met en garde contre la persistance des réseaux de désinformation russes. Néanmoins, l’élection a démontré la résistance des électeurs tchèques aux discours pro-Kremlin. « La plupart des partis clairement pro-russes ont en réalité perdu », conclut Ondracka.

La République tchèque continue de supporter les conséquences de la guerre en Ukraine, notamment en accueillant environ un demi-million de réfugiés. Cette situation met à rude épreuve les services publics, mais a également renforcé la solidarité avec Kyiv, laissant présager que le courant pro-européen dominant dans le pays reste intact, malgré la touche populiste apportée par Babis.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.