Publié le 11 octobre 2025 à 15h45. Une équipe de chercheurs a identifié un mécanisme de réparation de l’ADN exceptionnel chez le rat-taupe nu, un petit rongeur africain connu pour sa longévité, qui pourrait ouvrir de nouvelles voies pour lutter contre le vieillissement et les maladies liées à l’âge chez l’homme.
- Le rat-taupe nu vit jusqu’à 37 ans, soit dix fois plus longtemps que d’autres rongeurs de taille similaire.
- Une protéine spécifique, cGAS, joue un rôle clé dans la capacité de cet animal à réparer son ADN.
- Des tests en laboratoire et sur des animaux ont confirmé l’efficacité de cette protéine pour ralentir le vieillissement cellulaire.
Le rat-taupe nu (Heterocephalus glaber) fascine la communauté scientifique depuis des années par sa longévité exceptionnelle et sa résistance remarquable aux maladies. Ce petit rongeur, originaire d’Afrique de l’Est – notamment d’Éthiopie, du Kenya et de Somalie – peut vivre jusqu’à 37 ans, une durée de vie disproportionnée par rapport à sa taille et à celle d’autres rongeurs. Il évolue dans des systèmes de tunnels souterrains complexes, où il établit des colonies organisées avec une répartition précise des tâches, rappelant les sociétés d’insectes sociaux.
Son corps allongé et dépourvu de poils, ses petits yeux et ses dents proéminentes, adaptées au creusement, sont autant de caractéristiques qui lui permettent de prospérer dans son environnement souterrain. Herbivore, il se nourrit principalement de racines et de tubercules, trouvant refuge dans ses tunnels contre les prédateurs et les aléas climatiques. Ce mode de vie souterrain et social contribue à sa résistance aux maladies et à sa longévité.
Une nouvelle étude, publiée dans la revue Science, apporte un nouvel éclairage sur les raisons de cette longévité. Les chercheurs de l’Université de Tongji en Chine se sont concentrés sur une protéine appelée cGAS (synthase cyclique GMP-AMP), présente chez la plupart des mammifères. Chez l’homme et la souris, cGAS a tendance à entraver la réparation de l’ADN, mais chez le rat-taupe nu, cette protéine semble fonctionner différemment.
En comparant la protéine cGAS du rat-taupe nu à celle de l’homme et de la souris, l’équipe a identifié quatre modifications d’acides aminés. Ces changements confèrent à la protéine cGAS du rat-taupe nu la capacité de renforcer la réparation de l’ADN endommagé, plutôt que de l’inhiber. Ce mécanisme permet de retarder le vieillissement cellulaire et organique.
Pour valider cette découverte, les scientifiques ont introduit la protéine cGAS du rat-taupe nu dans des cellules humaines et de souris en laboratoire. Les résultats ont montré une augmentation significative de la réparation de l’ADN et une réduction des signes de vieillissement cellulaire. Des expériences menées sur des mouches des fruits ont également confirmé ces résultats : les insectes produisant la protéine cGAS du rat-taupe nu ont vécu en moyenne dix jours de plus que ceux qui ne la produisaient pas. Illustration de mouches des fruits utilisées dans les expériences.
De plus, l’administration de cGAS par thérapie génique à des souris a révélé une diminution de la fragilité, une réduction des cheveux blancs et une diminution du nombre de cellules sénescentes dans divers organes, par rapport aux souris non traitées.
Selon les chercheurs, ces modifications permettent à la protéine du rat-taupe nu de stabiliser le génome, de combattre la sénescence cellulaire et de ralentir le vieillissement des organes, favorisant ainsi une vie plus longue et plus saine.
Bien qu’il soit encore trop tôt pour envisager des applications directes chez l’homme, cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour le développement de thérapies ciblant les maladies liées à l’âge. La modification des acides aminés de la protéine cGAS humaine pourrait potentiellement aider à lutter contre le vieillissement, mais des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer la faisabilité et la sécurité de cette approche. Illustration du processus de vieillissement.