Des micro-organismes dormants depuis près de 40 000 ans sont revenus à la vie grâce à des chercheurs, ravivant les craintes liées aux dangers cachés dans le pergélisol arctique en fonte. Cette découverte soulève des questions sur les risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement, tout en ouvrant des perspectives scientifiques inattendues.
L’équipe de l’université du Colorado à Boulder a réussi à réactiver ces microbes extraits de couches de pergélisol situées à une centaine de mètres de profondeur, dans un site scientifique aménagé dans les années 1960 par le U.S. Army Corps of Engineers. Ce « tunnel de pergélisol » recèle des vestiges de l’ère glaciaire, notamment des ossements de mammouths.
Pour réveiller ces organismes millénaires, les chercheurs les ont exposés à de l’eau et à des températures comprises entre 4 et 12 °C, simulant les conditions estivales actuelles en Alaska. Après six mois d’observation, ils ont constaté une lente croissance initiale, suivie de la production d’un biofilm par certains microbes – une substance collante qui peut protéger les virus et favoriser leur propagation.
Selon Tristan Caro, ancien étudiant en géologie, ces échantillons ne sont pas morts : « Ils sont encore capables de soutenir la vie active en décomposant la matière organique et en libérant du dioxyde de carbone. » Cette capacité à se réactiver suggère que même de courtes périodes de chaleur pourraient suffire à réveiller des microbes dormants dans les profondeurs du pergélisol.
Le réchauffement climatique accélère la fonte du pergélisol arctique, qui se réchauffe quatre fois plus vite que le reste de la planète depuis 1979, selon des chercheurs finlandais. L’Agence spatiale européenne estime que les deux tiers du pergélisol proche de la surface pourraient disparaître d’ici la fin du siècle, libérant d’importantes quantités de gaz à effet de serre comme le CO₂ et le méthane, exacerbant ainsi le changement climatique.
Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) estime que les sols gelés contiennent environ 1 500 milliards de tonnes de carbone, soit près du double de la quantité présente actuellement dans l’atmosphère. Mais la menace ne se limite pas aux gaz à effet de serre. Les microbiologistes mettent en garde depuis plusieurs années contre le danger potentiel que représentent ces bactéries et virus inconnus piégés dans les glaces anciennes.
Certains de ces micro-organismes pourraient porter des gènes de résistance aux antibiotiques modernes, tandis que d’autres pourraient appartenir à des espèces totalement inconnues, adaptées à des environnements extrêmes et donc potentiellement capables de survivre dans des conditions difficiles. En 2016, la chercheuse suédoise Birgitta Evengård avait déjà averti : « Nous ignorons presque tout de ce que renferme le pergélisol. C’est une véritable boîte de Pandore. »
Bien que l’étude de ces microbes soit cruciale pour mieux comprendre les écosystèmes anciens et potentiellement découvrir de nouvelles applications – comme des bactéries capables de traiter les marées noires ou d’inspirer de nouveaux antibiotiques – des experts comme Andrea Hinwood, du Programme des Nations unies pour l’environnement, insistent sur la nécessité de la prudence.
À ce stade, les « virus zombies » réactivés n’ont montré aucun danger pour l’homme, car beaucoup ne peuvent infecter que des amibes et restent trop fragiles pour survivre dans notre environnement actuel. Tristan Caro assure que les microbes étudiés ne présentent pas de risque immédiat et sont conservés dans des chambres hermétiques par précaution. Néanmoins, cette exploration du passé gelé de notre planète soulève des questions fondamentales sur les risques et les bénéfices d’une telle recherche.
Par ailleurs, des découvertes récentes au Groenland suggèrent que certains de ces virus géants pourraient même avoir un effet positif sur le climat, une hypothèse qui mérite d’être explorée.
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