Publié le 12 octobre 2024 à 08h54. Une étude scientifique révèle que l’infection au Covid-19 pourrait altérer la qualité du sperme et engendrer une anxiété accrue chez les descendants, ouvrant la voie à des interrogations sur les effets transgénérationnels de la pandémie.
- Des chercheurs ont observé une augmentation des comportements anxieux chez les descendants de souris mâles infectées par le SARS-CoV-2.
- Ces changements sont liés à des modifications de l’ARN non codant présent dans le sperme.
- L’étude souligne l’importance de considérer le Covid-19 comme un facteur susceptible d’influencer la santé reproductive et le bien-être des générations futures.
Une récente étude menée par l’Institut Florey des neurosciences et de la santé mentale a mis en évidence un lien potentiel entre l’infection au Covid-19 et des modifications épigénétiques dans le sperme, susceptibles d’affecter le comportement des descendants. L’équipe de recherche a utilisé un modèle animal pour explorer les conséquences de l’infection par le SARS-CoV-2 sur la santé reproductive masculine et son impact sur la génération suivante.
Les chercheurs ont constaté que les souris mâles ayant été infectées par le SARS-CoV-2 avant la reproduction transmettaient à leur progéniture une sensibilité accrue à l’anxiété. Cette vulnérabilité comportementale était corrélée à des altérations spécifiques de l’ARN non codant dans le sperme. Ces molécules d’ARN jouent un rôle crucial dans la régulation de l’expression des gènes et peuvent influencer le développement neurologique et comportemental des descendants.
L’étude a également révélé des changements significatifs dans l’activité génétique de l’hippocampe, une région du cerveau essentielle à la régulation de l’anxiété et de l’humeur, chez les descendants femelles. Selon le professeur Anthony Hannan, cette recherche constitue une première étape importante dans la compréhension des effets à long terme du Covid-19 sur la santé reproductive.
« Il s’agit de la première étude démontrant qu’une infection par le SARS-CoV-2 avant la conception peut avoir un impact direct sur le sperme, avec des conséquences sur la génération suivante. »
Professeur Anthony Hannan
Les expériences ont consisté à infecter des souris mâles avec le Covid-19, puis à les laisser se reproduire avec des femelles saines après une période de convalescence. L’analyse de la progéniture a systématiquement révélé une augmentation des comportements anxieux par rapport aux descendants de pères non infectés. La Dre Elizabeth Kleeman, première auteure de l’étude, explique que ces résultats suggèrent que les infections virales chez les hommes peuvent indirectement influencer le développement cérébral de leurs enfants.
« Ces résultats démontrent comment les infections virales chez les hommes peuvent indirectement façonner le développement cérébral de leurs enfants. »
Dre Elizabeth Kleeman
Ces découvertes soulèvent des questions importantes sur les conséquences à long terme de la pandémie de Covid-19, au-delà des individus directement infectés. Si des effets similaires étaient observés chez l’homme, des millions d’enfants pourraient être concernés, avec des implications potentielles sur la santé mentale et le développement. La recherche met en lumière le concept d’héritage épigénétique, où des facteurs environnementaux, tels que les infections virales, peuvent modifier les informations moléculaires contenues dans le sperme sans altérer la séquence d’ADN elle-même.
Les chercheurs envisagent désormais d’étudier le sperme d’hommes ayant contracté le Covid-19 afin de déterminer si des modifications similaires de l’ARN sont présentes et d’évaluer leur impact potentiel sur la santé de leurs enfants. Ces travaux pourraient contribuer à l’élaboration de recommandations de santé publique et de stratégies de prévention visant à atténuer les conséquences à long terme de la pandémie. La publication de cette étude dans Communications Nature souligne son importance pour la communauté scientifique et ouvre de nouvelles perspectives dans le domaine de l’épigénétique.