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Conflit douanier avec les États-Unis: la Suisse manque de bonnes options – Actualité

by Nicolas Lefèvre

Publié le 12 octobre 2025 à 11h58. La Suisse se trouve dans une position délicate face aux droits de douane imposés par les États-Unis, qui atteignent 39 % sur certains produits. Berne explore différentes options pour limiter les dégâts et préserver ses exportations, notamment dans les secteurs clés de la mécanique et de l’horlogerie.

  • Les droits de douane américains représentent une menace sérieuse pour l’économie suisse, en particulier pour les industries d’exportation.
  • Le gouvernement suisse tente de négocier avec l’administration Trump, mais les discussions s’annoncent difficiles.
  • Plusieurs stratégies sont envisagées, allant de la persuasion directe à la résistance symbolique, en passant par des investissements accrus aux États-Unis.

La Suisse est particulièrement touchée par la politique tarifaire de Donald Trump. Aucun autre pays européen n’a subi des droits de douane aussi élevés de la part de l’administration américaine. Ces tarifs de 39 % sur les importations suisses sont jugés insoutenables à long terme, notamment pour les secteurs de la mécanique et de l’horlogerie, piliers de l’économie helvétique. Depuis l’été dernier, le Conseil fédéral multiplie les efforts pour tenter de faire changer d’avis le président américain, mais les négociations s’avèrent ardues. Donald Trump ne semble pas disposé à accepter un déficit commercial d’environ 40 milliards de dollars dans les échanges de marchandises avec la Suisse.

La prochaine occasion de dialogue direct se présentera à la mi-octobre, lors de la réunion annuelle du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Washington. La ministre des Finances, Karin Keller-Sutter, et le ministre de l’Économie, Guy Parmelin, tenteront alors de nouveau de parvenir à un accord douanier avec l’administration américaine.

Convaincre Donald Trump : une tâche ardue ? Jusqu’à présent, les tentatives de persuasion se sont soldées par des échecs. Il semble que les arguments visant à souligner la solidité des relations économiques entre la Suisse et les États-Unis ne trouvent pas d’écho auprès du président américain. Karin Keller-Sutter a pu constater cette difficulté lors d’un appel téléphonique infructueux avec Donald Trump cet été. L’administration américaine insiste sur des mesures concrètes : l’industrie pharmaceutique, par exemple, devrait augmenter sa production sur le sol américain et réduire les prix des médicaments. Donald Trump privilégie les actes aux paroles.

Résister à la pression : une stratégie risquée ? Nick Hayek, PDG du Swatch Group, estime qu’il n’est pas nécessaire de chercher à s’attirer les faveurs de Donald Trump. Il a ainsi lancé une montre Swatch dotée d’un cadran particulier : les chiffres 3 et 9 sont inversés, permettant de lire le chiffre 39, en référence aux droits de douane.

La marque horlogère Swatch réagit avec une édition spéciale qui fait allusion aux droits de douane américains de 39 pour cent.
La marque horlogère Swatch a répondu aux tarifs américains avec une édition spéciale.
Clé de voûte

Cette initiative constitue une opération de marketing astucieuse, mais elle ne résout pas les problèmes de vente du secteur. En août dernier, les exportations de montres suisses vers les États-Unis ont chuté de plus de 20 %. Une autre forme de résistance, plus formelle, pourrait être envisagée, selon Thomas Cottier, expert en droit commercial. Il avait suggéré, en avril dernier, que la Suisse s’allie à l’Union européenne, au Canada et à d’autres pays. L’UE a depuis conclu un accord tarifaire avec Donald Trump, ce qui réduit les options de la Suisse.

Investir massivement : une solution envisageable ? Des engagements d’investissement pourraient également faire partie de la solution. Roche et Novartis se sont engagés à investir des dizaines de milliards de dollars dans la production pharmaceutique américaine. D’autres entreprises seraient en train de préparer un plan d’investissement de 6 milliards d’euros, porté par la société d’investissement zougoise Partners Group et le négociant en matières premières genevois Mercuria. Ces investissements et la délocalisation de la production pourraient, à terme, réduire le déficit commercial. Hans Gersbach, économiste à l’ETH Zurich, estime également que la Suisse pourrait stimuler la demande de produits américains.

Limiter les dégâts : une approche pragmatique ? Cette stratégie implique des ajustements. Les entreprises qui ne peuvent pas établir une production aux États-Unis pourraient privilégier les sites de l’UE, où les tarifs sont moins élevés. Les droits de douane pourraient également être répercutés sur les consommateurs américains, par le biais de surtaxes. Cette approche pourrait fonctionner pour le fromage suisse et les montres de luxe, mais elle est plus difficile à appliquer pour les exportateurs de machines, qui pourraient se heurter à la concurrence européenne. La Suisse souhaite également renforcer ses accords de libre-échange avec d’autres régions du monde. Cependant, les États-Unis restent le principal acheteur des exportations suisses, ce qui rend un conflit douanier total peu réaliste pour une grande partie de l’économie.

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