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Pourquoi Türkiye relance-t-elle le journal de Manaf Talas ?

by Clara Dubois

Publié le 13 octobre 2025 à 13h35. Des négociations discrètes entre Ankara et des figures de l’opposition syrienne pourraient aboutir à un remaniement majeur du gouvernement provisoire, avec la montée en puissance de Manaf Tlass, ancien général syrien, comme solution de compromis pour stabiliser un pays en proie à l’instabilité.

  • Une rencontre récente entre Manaf Tlass et le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a suscité l’intérêt des observateurs.
  • La Turquie envisagerait de remplacer Ahmed Al-Sharaa Al-Julani par Manaf Tlass, estimant que la situation syrienne ne s’améliorera pas sous la direction actuelle.
  • Des pressions internationales seraient exercées sur Damas pour nommer Tlass au poste de ministre de la Défense.

Selon des informations révélées par le journal turc Aydinlik, une rencontre a eu lieu il y a quelques jours entre Manaf Tlass, un ancien général syrien passé dans l’opposition au régime de Bachar al-Assad, et Hakan Fidan, le ministre turc des Affaires étrangères. Cette rencontre, qui pourrait redéfinir le paysage politique syrien, intervient dans un contexte de mécontentement croissant, tant de la part des acteurs occidentaux qu’arabes, concernant l’évolution de la situation sur le terrain.

L’article de Aydinlik, intitulé « Manaf Tlass est-il la solution idéale pour la Syrie ? », revient sur l’histoire de la famille Tlass, une famille influente dans la vie politique et militaire syrienne. Le père de Manaf, le général de division Mustafa Tlass, ancien ministre de la Défense, disposait d’un vaste réseau de relations internationales, notamment avec l’Union soviétique, la France, l’Arabie saoudite et la Turquie. Manaf Tlass a lui-même servi en tant que commandant de la Garde républicaine avant de faire défection en 2012.

Quelle est la vision de Manaf Tlass pour une nouvelle Syrie ? Selon le journal turc, Tlass prône la construction d’un État laïc, démocratique, civil et décentralisé, avec une armée nationale composée uniquement de Syriens, débarrassée de toute ingérence sectaire ou étrangère. Il estime que le régime actuel a perdu le contrôle effectif du pays, désormais dominé par des groupes islamistes, ce qui représente une menace existentielle pour les minorités – alaouites, druzes, chrétiens – ainsi que pour les sunnites modérés, notamment les soufis et les ash’arites.

Tlass critique le contrôle exercé par les groupes armés islamiques sous le slogan « Celui qui libère décide ». Il souligne que ces groupes excluent les anciennes familles commerciales et industrielles, piliers de l’économie syrienne, et craint que cette approche ne conduise à la division du pays, au profit d’Israël.

La rencontre entre Tlass et Fidan pourrait s’expliquer par la volonté d’Ankara de considérer Tlass comme une alternative à Al-Julani. La Turquie estime que la situation syrienne ne s’améliorera pas avec l’actuel dirigeant et son entourage, mais qu’elle risque de s’aggraver. Tlass bénéficierait d’une image plus positive et serait plus acceptable auprès des différentes communautés syriennes – alaouites, druzes, chrétiens, kurdes, turkmènes, circassiens, arméniens et sunnites laïcs – que l’ordre soufi ash’arite.

D’autres sources médiatiques, dont I24 News, évoquent la possibilité d’un poste de ministre de la Défense pour Tlass. La visite récente du ministre syrien des Affaires étrangères Asaad Al-Shaybani en Turquie, où il a rencontré Hakan Fidan, aurait été l’occasion de presser Damas pour nommer Tlass à ce poste. Selon une source citée par I24 News, « une pression internationale est exercée sur le gouvernement de Damas, et Ankara est consciente des difficultés rencontrées par le gouvernement de Sharaa. »

Si Tlass acceptait de rejoindre le gouvernement, cela pourrait donner un nouveau souffle à l’administration de Sharaa, qui est confrontée à un rejet croissant de la part de l’Occident en raison de ses échecs politiques et militaires. La Turquie chercherait ainsi à intégrer l’opposition en exil afin de prolonger la durée de vie du gouvernement de Damas.

De nombreux observateurs estiment que Tlass a de réelles chances de jouer un rôle majeur dans le régime post-Jolani, si un consensus régional et international est trouvé. Plusieurs facteurs plaident en sa faveur : le rejet d’Al-Julani par les Forces démocratiques syriennes (FDS) et par la population de Souwayda, ainsi que ses relations internationales complexes et diversifiées, notamment avec les États du Golfe, la Russie et l’Europe. Sa sœur, Nahid Tlass Al-Ajja, veuve d’un milliardaire saoudien, résidant en France, entretiendrait des liens étroits avec des personnalités juives françaises.

Enfin, la Turquie craint de perdre son influence dans la nouvelle Syrie, face aux critiques internationales croissantes concernant l’échec d’Al-Sharaa Al-Julani à rétablir la stabilité dans le pays.

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