Publié le 13 octobre 2025 19h32. De l’art des pharaons à l’intelligence artificielle, l’histoire de la création est intimement liée au pouvoir, à la richesse et, plus récemment, à une démocratisation progressive des outils permettant de donner vie à l’imagination.
- L’art, historiquement réservé aux élites, a vu son accès se démocratiser avec l’invention de la photographie puis du cinéma.
- L’avènement du numérique et des smartphones a permis à chacun de devenir créateur de contenu.
- L’intelligence artificielle marque une nouvelle étape, transformant la création en un processus de « curation » où l’humain guide et affine les productions de la machine.
Dès l’aube de l’histoire, la production d’images a toujours été un domaine réservé à ceux qui détenaient le pouvoir et les ressources. Dans l’Égypte ancienne, les pyramides et les fresques monumentales étaient des expressions de la puissance des pharaons et de leur vision du monde. Au Moyen Âge, l’art religieux servait à magnifier la foi et à renforcer l’autorité de l’Église. À la Renaissance, les mécènes fortunés commandaient des portraits et des œuvres célébrant l’humanisme et la beauté du monde. Dans tous ces contextes, le public de l’art n’était pas le grand public, mais les élites politiques, économiques ou religieuses. L’artiste, loin d’être un créateur libre, était souvent un artisan hautement qualifié au service d’un commanditaire.
L’architecture suivait une logique similaire. Les pyramides, les cathédrales imposantes et les palais fastueux étaient le fruit d’une combinaison d’art, de technologie, de foi et de pouvoir. Derrière leur splendeur se cachaient le labeur acharné et les sacrifices de milliers d’ouvriers. La « création » était un privilège réservé à une minorité, et les moyens de production étaient strictement contrôlés par le capital.
La photographie, avec la première image capturée en 1826 par Joseph Nicéphore Niépce, a marqué un tournant. L’invention du daguerréotype par Louis-Jacques-Mandé Daguerre, puis l’essor de la photographie couleur et l’arrivée de l’appareil Kodak Brownie, ont commencé à briser le monopole de l’art. Il devenait possible de reproduire le réel sans nécessiter les talents d’un peintre ou le patronage d’un noble. Cependant, l’accès à la photographie restait limité par le coût du matériel et la complexité des techniques de développement.
Le cinéma a ensuite amplifié cette révolution. La naissance de l’image en mouvement a donné naissance à une nouvelle industrie et à une nouvelle forme d’art. Ironiquement, ce nouvel art s’est rapidement heurté aux barrières du capital. L’équipement de tournage, les pellicules, l’éclairage, le montage – tout était coûteux, et la production d’un film nécessitait des studios importants et des budgets considérables.
Dans les années 1970, George Lucas a révolutionné l’industrie cinématographique avec Star Wars, en combinant technologie et imagination. Lucasfilm a intégré diverses techniques, telles que la matte painting, les effets spéciaux miniatures, la composition optique et la conception sonore, pour créer un écosystème de production complet. Cependant, même cette innovation restait confinée à un cadre financier important. La création de chaque scène de matte painting nécessitait le travail de peintres qualifiés pendant des jours, voire des semaines, et la réalisation d’un film impliquait des centaines de personnes et des dizaines de millions de dollars.
L’arrivée de l’informatique, des logiciels de graphisme comme Photoshop (lancé en 1990) et des caméras numériques dans les années 1990 a accéléré cette transformation. La création d’images et de vidéos est devenue accessible à un public plus large. Cependant, le coût des équipements et des logiciels, ainsi que la nécessité d’acquérir des compétences techniques, ont continué à limiter l’accès à la création pour beaucoup.
Le véritable bouleversement est venu avec l’essor des smartphones, en particulier avec la sortie de l’iPhone en 2007. Le smartphone est devenu un appareil multifonctionnel, intégrant une caméra de qualité et permettant de diffuser facilement des contenus en ligne. YouTube a alors permis à chacun de devenir un créateur de contenu, défiant le modèle traditionnel des médias. Le studio de télévision a été remplacé par sa propre chambre, et le public est devenu à la fois créateur et spectateur.
TikTok a ensuite amplifié cette tendance, en popularisant les vidéos courtes et faciles à créer. La vidéo est devenue un langage universel, un moyen de s’exprimer, de se divertir et de communiquer. Le smartphone a transformé le regard humain en un média permanent.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle (IA) est en train de transformer une fois de plus le paysage de la création. Des outils comme Midjourney, DALL-E 3, Sora et Veo permettent de générer des images et des vidéos à partir de simples descriptions textuelles. Il n’est plus nécessaire d’être un artiste pour créer des œuvres visuelles. L’IA ouvre la voie à une démocratisation totale des moyens de production.
L’IA est désormais capable de créer des images et des textes. La création se transforme alors en un processus de « curation », où l’humain guide et affine les productions de la machine. La capacité à sélectionner, à organiser et à donner du sens à la multitude de contenus générés par l’IA devient essentielle. Dans ce nouveau contexte, l’imagination et la pensée critique sont plus importantes que jamais. La création humaine évolue donc d’une logique de production à une logique de direction et d’interprétation. L’avenir de la création réside dans la capacité à maîtriser ces nouveaux outils et à les utiliser pour exprimer notre propre vision du monde.
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