Home DivertissementSimone Verde, directrice de la Galerie des Offices, lutte contre les téléphones portables dans le musée : « Il n’y a pas de droit de prendre un selfie » | Culture

Simone Verde, directrice de la Galerie des Offices, lutte contre les téléphones portables dans le musée : « Il n’y a pas de droit de prendre un selfie » | Culture

by Antoine Girard

Publié le 2025-10-15 03:30:00. Simone Verde, nouvelle directrice de la Galerie des Offices à Florence, ambitionne de transformer l’expérience muséale en profondeur, face à un public en mutation et aux défis posés par le tourisme de masse et la culture numérique.

  • La Galerie des Offices va limiter l’usage des téléphones portables pour lutter contre les comportements irrespectueux et les dommages aux œuvres.
  • Simone Verde souhaite restaurer l’identité originelle de chaque salle et recentrer l’expérience sur la compréhension de l’histoire de l’art.
  • Elle souligne un changement dans les profils des visiteurs, avec une diminution des touristes asiatiques et une perte de connaissances historiques chez les nouvelles générations.

Simone Verde (Rome, 50 ans) a pris les rênes de l’illustre musée florentin en janvier 2024, après avoir mené une transformation réussie du Musée de la Pilotta de Parme, où elle a lancé 35 appels à projets et investi massivement dans la modernisation de l’institution. Son arrivée marque le début d’une nouvelle ère pour les Offices, confrontés à la nécessité de repenser leur approche face à un public de plus en plus diversifié et à des enjeux contemporains.

Deux réalisations symboliques ont déjà marqué son passage : le démontage définitif de la grue installée depuis près de 20 ans sur la place du musée et la réouverture du corridor Vasarien, cette galerie secrète reliant les Offices au Palais Pitti au-dessus du Ponte Vecchio. Le corridor Vasarien, fermé depuis longtemps, offre désormais aux visiteurs une perspective unique sur la ville.

Le projet le plus ambitieux en cours est la création d’une nouvelle entrée pour le musée, située à l’arrière du bâtiment. Mais au-delà de ces aménagements matériels, Simone Verde insiste sur un changement conceptuel profond : restaurer l’identité originelle de chaque salle et permettre aux visiteurs de comprendre comment l’idée du musée moderne est née aux Offices et a façonné l’histoire des musées européens.

« Si je ne parviens pas, à travers l’histoire des collections, à faire comprendre au visiteur qu’il existe une autre manière possible de voir le monde, j’ai échoué », explique-t-elle. « C’est pour cela que la muséographie est fondamentale, c’est un exercice théâtral. »

Cette volonté de recentrer l’expérience sur la compréhension de l’art s’explique, selon elle, par un changement dans les profils des visiteurs. « La mondialisation est en crise totale », observe Simone Verde. « Les Russes ne sont plus là, les Chinois sont de moins en moins nombreux, le monde arabe aussi. La majorité des visiteurs viennent de plus en plus d’Occident. Et même pour nos propres citoyens, les natifs du numérique n’ont pas les connaissances des générations précédentes. »

Elle souligne que l’on ne peut plus tenir pour acquis que les visiteurs, qu’ils soient sud-coréens ou italiens, possèdent une culture générale suffisante pour appréhender pleinement les œuvres exposées. « Nous avons diminué notre capacité à apprécier les différences culturelles et perceptuelles », déplore-t-elle. « Nous recevons 5,2 millions de visiteurs et sommes l’une des images nationales de ce pays, nous avons le devoir de communiquer une série d’approches éthiques et scientifiques dignes de la réputation que nous souhaitons bâtir. »

La récente dégradation d’un tableau par un touriste prenant un selfie a mis en lumière les dangers de cette culture de l’image. Les Offices ont annoncé des restrictions concernant l’utilisation des téléphones portables pour lutter contre les comportements irrespectueux.

Simone Verde explique ce besoin compulsif de photographier les œuvres comme une tentative de renouer avec l’origine du savoir.

« 99% des connaissances que nous possédons nous parviennent par la médiation culturelle. Nous savons tout, ou presque, parce que nous le lisons dans les livres, et nous n’avons pas d’expérience directe de ce que nous savons, sauf une partie infime. Ce besoin de toucher à l’original est donc une manière instinctive, presque un véritable besoin anthropologique de renouer avec l’origine du savoir. »

Elle critique également une certaine dématérialisation du monde, liée à la culture financière, qui transforme l’œuvre d’art en simple image. « Cette religion de l’immatériel, lorsqu’elle entre dans un musée, transforme l’œuvre en image et une transposition culturelle s’opère », analyse-t-elle.

Interrogée sur l’importance de l’histoire du musée, Simone Verde insiste sur le fait que les œuvres acquièrent leur sens en s’inscrivant dans la logique des collections de leur époque. « Les Offices ne sont pas seulement un musée de la Renaissance », souligne-t-elle. « La Renaissance est une invention critique du XIXe siècle, elle a été inventée par les Français dans un esprit nationaliste. » Elle préfère envisager les Offices comme un musée encyclopédique, reflétant la diversité de l’art italien à travers les siècles.

Elle conclut en exprimant son souhait de voir les Offices rester fidèles à leur vocation, tout en devenant plus lisibles et compréhensibles pour un public toujours plus large. « Le musée doit étudier non seulement les œuvres, mais aussi son public », affirme-t-elle. « Proposer une expérience muséale qui répond aux standards scientifiques qui nous distinguent, tel est le défi. »

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