Publié le 16 octobre 2024 17:07:00. Le Sénat argentin pourrait connaître un basculement politique majeur après les élections législatives d’octobre, menaçant la capacité de l’Unión por la Patria (UP) à bloquer les initiatives du gouvernement Milei et à faire valoir ses propres priorités.
- L’UP risque de perdre jusqu’à 15 de ses 34 sièges au Sénat lors des élections du 26 octobre.
- La perte de sièges affaiblirait considérablement la capacité de l’UP à former un quorum et à contrer les projets de loi du gouvernement.
- Les résultats des élections seront déterminés dans huit provinces, et le contexte politique actuel diffère considérablement de celui des élections de 2019.
Les élections sénatoriales du 26 octobre représentent un défi de taille pour l’Unión por la Patria. Le parti péroniste pourrait voir son influence considérablement réduite dans la chambre haute du Congrès, mettant en péril sa capacité à exercer un droit de veto effectif sur les lois proposées par le gouvernement de Javier Milei. En jeu, 24 des 72 sièges du Sénat, répartis entre les provinces de Terre de Feu, Neuquén, Entre Ríos, Río Negro, Salta, Santiago del Estero, Chaco et la ville autonome de Buenos Aires (CABA).
En 2019, lors de la vague électorale qui a porté Alberto Fernández à la présidence, l’UP avait remporté deux des trois sièges de sénateurs dans la plupart des provinces concernées. Cette dynamique est aujourd’hui compromise. Contrairement à 2019, il ne s’agit pas d’une élection présidentielle, et l’effet d’entraînement de la candidature Fernández-Fernández n’est plus présent. Chaque candidat se présente désormais seul, sans le soutien direct de la popularité de l’ancien président.
La situation est particulièrement complexe car les alliances politiques varient considérablement d’une province à l’autre. À Neuquén et Río Negro, les gouverneurs provinciaux, issus de partis alliés, disposent d’un poids politique significatif. À Salta, le péronisme local est distinct de l’UP nationale. Et dans les provinces de Chaco, CABA et Entre Ríos, La Libertad Avanza (LLA) a conclu des accords électoraux avec les gouverneurs en place : deux issus du PRO (Entre Ríos et CABA) et un de l’UCR (Chaco).
En 2019, l’UP avait obtenu d’excellents résultats dans la majorité de ces circonscriptions, capitalisant sur le succès d’Alberto Fernández et Cristina Kirchner. Cette performance avait permis au péronisme de contrôler deux des trois sièges de sénateurs dans plusieurs provinces, et même les trois dans Santiago del Estero, en raison d’une dynamique politique locale spécifique. Il est peu probable que l’UP puisse rééditer ce succès cette année.
Selon une étude de l’agence La Sastrería, même si l’UP obtenait 36% des voix au niveau national, La Libertad Avanza (32%) et Provincias Unidas (12%) réduiraient le banc de José Mayans à seulement 26 sièges, soit huit de moins qu’actuellement. Cette diminution de la représentation affaiblirait la capacité du péronisme à bloquer les initiatives du gouvernement Milei, notamment celles qui ont déjà suscité des tensions, comme la loi de financement des universités, l’urgence sociale et la loi Garrahan.
Le Sénat a également joué un rôle crucial en adoptant, à une large majorité, deux lois promues par les gouverneurs, qui prévoient une répartition plus équitable des fonds provinciaux (la loi ATN et la loi sur la taxe sur les carburants liquides). De plus, c’est le Sénat qui a bloqué les nominations de Ariel Lijo et Manuel García Mansilla à la Cour suprême, proposées par Javier Milei.
L’UP, bien que minoritaire depuis l’arrivée de Milei à la Casa Rosada, était jusqu’à récemment à seulement trois voix du quorum nécessaire pour bloquer les initiatives présidentielles. Avec les opposants que le président Milei s’est faits, atteindre les 37 voix nécessaires pour former un quorum devient de plus en plus facile pour l’opposition. Des sénateurs comme Guadalupe Tagliaferri (PRO) et Martín Lousteau (UCR) ont déjà démontré leur capacité à se dissocier de leurs blocs respectifs, même lorsqu’ils étaient considérés comme des alliés de La Libertad Avanza.
Un autre facteur préoccupant pour l’UP est le départ de deux sénateurs de Buenos Aires, favorables à l’UP, qui ne se représentent pas : Tagliaferri a été élue au Parlement de Buenos Aires et Lousteau brigue un siège de député. Le paysage politique s’assombrit donc pour l’Unión por la Patria, qui, en vue de 2027, cherche à se différencier de La Libertad Avanza et à promouvoir son propre programme, dans l’espoir de reconquérir la présidence. Il lui sera plus difficile de faire fonctionner la Chambre haute et devra, à l’instar des libertariens, tisser des alliances avec d’autres forces politiques pour faire avancer son agenda.
Quoi qu’il en soit, la présence du péronisme continuera de représenter un défi pour les libertariens, qui devront construire des ponts avec les autres forces politiques s’ils veulent que les réformes promises par Milei soient mises en œuvre.
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