Publié le 17 octobre 2023 16:37:00. Les affrontements frontaliers entre l’armée pakistanaise et les talibans afghans s’intensifient, faisant craindre une escalade du conflit et impliquant des jeux d’influence complexes de la part de la Chine, de l’Inde et des États-Unis.
- Des affrontements le long de la frontière afghano-pakistanaise ont fait des dizaines de victimes des deux côtés.
- Un cessez-le-feu fragile a été conclu, mais les accusations mutuelles de violations persistent.
- La situation est exacerbée par les tensions géopolitiques régionales, notamment les intérêts divergents de la Chine, de l’Inde et des États-Unis.
La tension entre le Pakistan et l’Afghanistan a atteint un point critique ces dernières semaines, culminant avec des affrontements armés dans la nuit du 11 au 12 octobre. L’armée pakistanaise s’est engagée contre les forces talibanes, entraînant des pertes humaines significatives, tant du côté militaire que civil, notamment en Afghanistan. La frontière a été fermée, y compris le col de Khyber, un point de passage crucial. Un cessez-le-feu de quarante-huit heures a été négocié avec difficulté, mais les deux parties s’accusent mutuellement de l’avoir violé.
Kaboul a publiquement accusé le Pakistan de deux frappes aériennes sur son territoire la semaine dernière, ciblant la capitale et la province de Paktika, où des commerces auraient été détruits. Islamabad n’a pas officiellement revendiqué ces actions. Le porte-parole de l’armée pakistanaise, Ahmed Chaudhry, a réaffirmé la position de son pays : « Le gouvernement pakistanais ne confirme ni ne nie les opérations militaires le long de la frontière, mais il ne tolérera aucune atteinte à sa souveraineté territoriale et ne permettra à personne de fournir un refuge à des groupes terroristes qui menacent ses citoyens. » Il a également lancé un avertissement à l’Afghanistan, lui demandant de cesser d’héberger des terroristes, en particulier ceux du Tehrik-i-taliban Pakistan (TTP), les talibans pakistanais.
Selon des sources, le régime taliban a permis l’établissement d’une zone libre le long des 2 600 kilomètres de frontière avec le Pakistan, où divers groupes fondamentalistes ont établi leurs bases opérationnelles. En représailles, le Pakistan est accusé de financer, par l’intermédiaire de fondations internationales, l’État islamique – Khorassan (Isis-K), qui opère en Afghanistan et combat les talibans.
Cette situation complexe a des implications géopolitiques considérables. Une guerre ouverte entre le Pakistan et l’Afghanistan pourrait déstabiliser l’ensemble de la région. Depuis le retrait des États-Unis, la Chine est devenue le principal partenaire de Kaboul, s’emparant des principales ressources minières du pays. Pékin souhaiterait également obtenir le contrôle de la base de Bagram, ce qui inquiète Washington, qui tente de reprendre pied dans la région. La Chine cherche également à renforcer son influence en Asie centrale et à contrer les séparatistes ouïghours actifs au Turkestan chinois.
Le Pakistan, allié de Pékin, entretient également des liens étroits avec les États-Unis. La Chine a apporté une assistance militaire au Pakistan lors du conflit de mars dernier avec l’Inde, notamment en matière de renseignement. Le conflit séculaire entre New Delhi et Islamabad pourrait donc influencer les prochaines actions, d’autant plus que l’Afghanistan a ouvert des canaux diplomatiques et commerciaux avec l’Inde. Les talibans cherchent à briser leur isolement international et le gouvernement indien a exprimé son intention de rouvrir une ambassade à Kaboul et d’accroître sa présence diplomatique, commerciale et militaire dans la région. L’Afghanistan, historiquement un terrain de conflit, est désormais sous le contrôle des talibans depuis quatre ans. Ces derniers cherchent à s’intégrer sur la scène internationale, une perspective facilitée par le soutien de Pékin et, potentiellement, de l’Inde, ce qui pourrait relancer leur économie en difficulté.