Publié le 17 octobre 2024 à 14h14. Les inquiétudes concernant la santé financière de certaines banques régionales américaines ont provoqué une onde de choc sur les marchés mondiaux, ravivant les craintes d’une crise de confiance et pesant sur le secteur financier dans son ensemble.
- Les actions des banques américaines et européennes ont chuté, entraînant une baisse généralisée des indices boursiers.
- Des problèmes de crédit émergents et des allégations de fraude ont mis en lumière les pratiques de prêt de certaines banques régionales.
- Les investisseurs surveillent de près la situation, tandis que l’administration américaine tente de rassurer sur la solidité du système bancaire.
La fragilité du secteur bancaire américain est revenue au centre des préoccupations des investisseurs, après l’annonce de pertes inattendues et d’accusations de fraude impliquant plusieurs banques régionales. Zions Bancorp a notamment annoncé une perte de 50 millions de dollars (environ 46 millions d’euros) sur deux prêts commerciaux et industriels, tandis que Western Alliance a révélé avoir intenté une action en justice pour fraude contre le groupe Cantor. Ces révélations ont ravivé les souvenirs de la crise bancaire de mars 2023, déclenchée par la faillite de la Silicon Valley Bank, et ont entraîné une vague de ventes sur les marchés financiers.
La contagion ne s’est pas limitée aux États-Unis. Les bourses européennes ont également subi des pressions, avec une chute de près de 3 % pour les banques européennes. Deutsche Bank et Barclays ont perdu environ 6 %, tandis que la Société Générale a reculé de 4,6 %. En Asie, les sociétés financières, notamment les banques et les assureurs japonais, ont également été touchées. L’ETF bancaire régional SPDR S&P a connu une forte volatilité, chutant de 6 % avant de se redresser légèrement.
Certains analystes tentent de minimiser l’ampleur de la crise, estimant que les problèmes actuels sont spécifiques aux banques régionales américaines et ne signalent pas un risque systémique plus large. Russ Mould, directeur des investissements chez AJ Bell, a déclaré :
« Des poches du secteur bancaire américain, y compris les banques régionales, ont suscité l’inquiétude du marché. Cela inclut Zions signalant une perte inattendue sur deux prêts et Western Alliance alléguant qu’un emprunteur avait commis une fraude. »
Cependant, d’autres observateurs mettent en garde contre le risque d’une propagation de la crise à d’autres secteurs du système financier. Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, a souligné la nécessité d’être vigilant :
« Quand vous voyez un cafard, il y en a probablement d’autres, et donc tout le monde devrait être prévenu. »
L’administration américaine tente de rassurer les marchés. Kevin Hassett, conseiller économique de la Maison Blanche, a affirmé que les banques disposaient de réserves suffisantes et qu’il était optimiste quant à la capacité des marchés du crédit à faire face à la situation. Il a également indiqué que d’anciens responsables de l’administration Trump, dont Scott Bessent (ancien secrétaire au Trésor) et Michelle Bowman (membre du conseil d’administration de la Réserve fédérale), étaient en train de “faire le ménage”, sans fournir de détails supplémentaires.
Les banques américaines ont eu recours à la Facilité permanente de pension (SRF) de la Réserve fédérale, empruntant près de 15 milliards de dollars (environ 14 milliards d’euros) mercredi et jeudi, ce qui témoigne de difficultés potentielles à respecter leurs obligations de financement. Il s’agit du plus important emprunt sur deux jours depuis le début de la pandémie de Covid-19. Bien qu’elles n’aient pas eu recours à cette facilité ce matin, elles auront une nouvelle opportunité de le faire dans l’après-midi. La SRF, introduite en juillet 2021, offre des prêts de trésorerie aux banques en échange de garanties, telles que des bons du Trésor américain.
Parallèlement, le marché de la dette privée suscite des inquiétudes. Les dépréciations de crédit sur la dette privée ont augmenté et les taux de défaut ont atteint 5,5 % au deuxième trimestre, selon Mark Dowding, directeur des investissements chez RBC BlueBay Asset Management.
Malgré ces tensions, certains indicateurs restent positifs. Les solides bénéfices de Truist Financial, Regions Financial et Fifth Third ont contribué à renforcer la confiance des investisseurs, entraînant une hausse de la plupart des banques régionales américaines en début de séance. Zions Bancorp et Western Alliance ont également partiellement récupéré leurs pertes.
Les analystes soulignent que l’attention se tourne désormais vers la santé sous-jacente de l’économie, alors que les pertes de crédit émergentes soulèvent des questions sur les pratiques de prêt. Derren Nathan, responsable de la recherche sur les actions chez Hargreaves Lansdown, a déclaré :
« Malgré les espoirs croissants de nouvelles baisses de taux cette année, l’attention se tourne vers la santé sous-jacente de l’économie, alors que les pertes de crédit émergentes parmi les banques régionales américaines soulèvent de nouvelles questions sur les pratiques de prêt. »
Enfin, le marché semble particulièrement sensible aux mauvaises nouvelles, après une période de forte hausse. Bo Pei, analyste chez US Tiger Securities, a observé :
« Le marché vise clairement la perfection. Cela laisse le sentiment vulnérable, de sorte que même des gros titres négatifs isolés peuvent déclencher des réactions démesurées comme ce que nous avons vu hier. »
À ne pas manquer
