Publié le 18 octobre 2025 à 10h34. Une révolution culturelle axée sur la prévention est indispensable pour garantir un avenir en bonne santé à la société, selon le professeur Silvio Garattini, lors d’une conférence publique à Molteno.
- Le système de santé actuel est trop axé sur le traitement des maladies plutôt que sur leur prévention.
- L’industrie pharmaceutique exerce une influence considérable sur la recherche et la législation, privilégiant les profits au détriment de la santé publique.
- L’éducation à la santé, dès l’école, est un investissement essentiel pour l’avenir.
Molteno a accueilli le professeur Silvio Garattini, président et fondateur de l’Institut de recherche pharmacologique « Mario Negri » IRCCS, le jeudi 16 octobre, pour une conférence publique intitulée « La recherche est prévention. Quel avenir pour notre santé ? ». L’événement, organisé par la Fondation Mgr Ermanno Gerosa ETS, a réuni des acteurs locaux et des experts pour une réflexion sur les enjeux de la santé publique.
Le professeur Garattini a dressé un tableau lucide des faiblesses du système de santé italien, soulignant un déséquilibre flagrant entre la prévention et le traitement. Il a mis en évidence la prédominance d’une approche curative, qui engendre des coûts élevés et ne s’attaque pas aux causes profondes des maladies. Il a déclaré :
« La santé est un aspect très important auquel nous devons consacrer notre intérêt. »
Professeur Silvio Garattini
Il a précisé que, bien que l’espérance de vie à la naissance en Italie soit élevée (83,6 ans en moyenne), la durée de vie en bonne santé est compromise par vingt années de maladies, souvent cumulatives.
Selon le professeur Garattini, cette situation découle d’une orientation historique de la médecine vers le traitement, qui a favorisé le développement d’un marché pharmaceutique colossal, estimé à environ 200 milliards d’euros en Italie, avec une croissance annuelle de 5 à 7 %. Il a dénoncé le monopole de l’information exercé par l’industrie, affirmant que « tout ce que nous savons vient de ceux qui vendent ». La législation actuelle, qui exige que les médicaments soient jugés sur leur qualité, leur efficacité et leur sécurité, est également remise en question. Il a expliqué que l’efficacité est souvent réduite à l’amélioration de paramètres biologiques, sans tenir compte de l’impact réel sur la qualité de vie des patients.
Le professeur Garattini a également critiqué le manque de transparence des essais cliniques, qui sont principalement menés sur des hommes âgés de 20 à 65 ans, laissant de côté les femmes, les personnes âgées et les enfants. Il a souligné que ces populations se voient pourtant prescrire les mêmes médicaments, sans que leur efficacité et leur sécurité n’aient été évaluées spécifiquement pour elles. Il a illustré ses propos en citant des exemples concrets : pour prévenir une crise cardiaque, il faut traiter 200 patients avec des médicaments contre le cholestérol, laissant 199 patients subir potentiellement des effets secondaires inutiles. Des chiffres similaires ont été avancés pour les médicaments contre le diabète et l’ostéoporose.
La solution, selon le professeur Garattini, réside dans une véritable révolution culturelle, axée sur la prévention. Cela implique d’adopter un mode de vie sain, avec une activité physique régulière (150 à 350 minutes par semaine), une alimentation équilibrée et un sommeil suffisant. Il a également insisté sur l’importance des relations sociales, des loisirs et de l’éducation. Il a plaidé pour l’introduction de cours de santé à l’école, estimant qu’une heure par semaine suffirait à sensibiliser les jeunes générations et à changer les mentalités.
« Nous devons faire en sorte que nos enfants aillent à l’école le plus possible, en les faisant étudier plus et plus longtemps au fil du temps. »
Professeur Silvio Garattini
L’événement a été salué par les représentants des organismes sponsors. Le maire Giuseppe Chiarella a exprimé sa fierté d’accueillir un scientifique de renom à Molteno, tandis que Don Giandomenico Colombo a souligné l’importance de l’écoute et de l’empathie. Matteo Bonacina, de la Fondation Mgr Ermanno Gerosa, a rappelé que toute réflexion sur la santé doit placer la personne humaine au centre. Mario Vismara, président de la Fondation Gerosa, a exprimé sa gratitude pour la présence du professeur Garattini. Daniela Invernizzi, présidente d’Agatha en route ODV, a réaffirmé l’engagement de son association en faveur de la promotion de la santé. Enfin, le Dr Marcello Tirani de l’ATS Brianza a souligné le lien essentiel entre recherche et prévention.
De nombreuses questions ont été posées au professeur Garattini à la fin de son discours, témoignant de l’intérêt suscité par ses propos. La soirée a permis de prendre conscience que la santé ne se limite pas à l’absence de maladie, mais englobe la qualité de vie, la culture et la responsabilité collective. Investir dans la prévention est donc un investissement dans un avenir plus juste et plus sain pour tous.