Des chercheurs québécois ont découvert un marqueur sanguin prometteur capable de prédire la santé des petits vaisseaux sanguins des reins et, potentiellement, de prévenir l’insuffisance rénale chronique. Cette avancée pourrait révolutionner le diagnostic et le traitement de cette maladie qui touche des millions de personnes à travers le monde.
L’équipe du Centre de recherche hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) a identifié le microARN miR-423-5p comme un indicateur fiable de la santé microvasculaire rénale. Jusqu’à présent, il n’existait aucun moyen précis d’évaluer l’état de ces capillaires, essentiels au bon fonctionnement des reins.
« Chez les personnes ayant reçu une greffe, si la fonction rénale est gravement altérée, la survie du rein est menacée », explique la professeure Marie-Josée Hébert, de l’Université de Montréal (UdeM) et titulaire de la Chaire Shire en néphrologie, transplantation et régénération rénales. « En utilisant ce biomarqueur, nous pourrions développer un test pour évaluer l’état des petits vaisseaux sanguins beaucoup plus tôt. »
Les lésions rénales, souvent causées par une interruption temporaire du flux sanguin – comme lors d’une transplantation d’organes ou d’une intervention cardiovasculaire – peuvent entraîner une diminution du nombre de ces petits vaisseaux sanguins, perturbant ainsi la fonction rénale. L’étude, publiée le 24 septembre 2023 dans JCI Insight, a d’abord révélé des fluctuations des niveaux de miR-423-5p dans le sang de souris souffrant de lésions rénales aiguës.
Ces résultats ont ensuite été confirmés chez 51 patients ayant subi une transplantation rénale et participant à la biobanque du CHUM. Plus surprenant encore, l’injection de ce microARN à des souris atteintes de lésions rénales a permis de préserver les petits vaisseaux sanguins et de limiter les dommages.
À ce stade, les chercheurs du CRCHUM explorent des méthodes alternatives pour administrer le microARN – ou un cocktail de microARN – aux reins, car l’injection directe n’est pas toujours réalisable en clinique.
Les bénéfices potentiels de cette découverte pourraient s’étendre au-delà de l’insuffisance rénale chronique. Selon la professeure Hébert, ce biomarqueur pourrait également être utile pour les patients souffrant d’insuffisance cardiaque, d’insuffisance pulmonaire ou de certaines maladies neurodégénératives, où la perte de petits vaisseaux sanguins joue un rôle important.
« Pour ces conditions médicales, la perte de petits vaisseaux sanguins joue un rôle clé, en raison de son association avec un vieillissement normal ou accéléré », précise-t-elle. « Notre découverte pourrait donc avoir un impact significatif sur la santé de tous les Canadiens. » Des projets de recherche sont déjà en cours, notamment en collaboration avec l’équipe d’Emmanuelle Brochiero, chercheuse au CRCHUM, pour étudier l’impact de cette découverte sur l’insuffisance pulmonaire.
Par ailleurs, les chercheurs envisagent d’utiliser la biobanque du CHUM pour déterminer si des médicaments déjà prescrits après une greffe rénale ont un effet positif sur la santé des petits vaisseaux sanguins.