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Les économistes mettent en garde contre une augmentation des dépenses en salaires et retraites

by Amélie Bernard

Publié le 21 octobre 2025 01:00:00. Les dépenses publiques portugaises, en particulier celles liées au personnel et aux prestations sociales, connaissent une augmentation rapide qui inquiète les économistes, menaçant la stabilité budgétaire du pays et limitant les marges de manœuvre pour les investissements futurs.

  • Les dépenses de personnel et de prestations sociales devraient augmenter de 11,8 % en deux ans, une hausse qualifiée d’« immense » par les experts.
  • Ces dépenses représentent déjà 65,6 % du budget de l’État et sont en grande partie structurelles, ce qui signifie qu’elles sont difficiles à réduire à court terme.
  • Plusieurs économistes pointent du doigt une politique budgétaire trop généreuse envers la fonction publique et les retraités, au détriment d’investissements plus stratégiques.

L’augmentation des dépenses publiques, et plus particulièrement celles dédiées au personnel et aux prestations sociales, suscite de vives inquiétudes parmi les économistes portugais. Selon les prévisions, ces dépenses devraient croître de 11,8 % en seulement deux ans, une progression jugée « immense » et susceptible de « rendre l’exercice budgétaire plus risqué », ont averti les experts interrogés par le Jornal Económico.

Ensemble, les salaires et les prestations sociales absorbent environ les deux tiers (65,6 %) du budget de l’État, incluant les investissements et le service de la dette. Ce qui rend cette situation particulièrement préoccupante, c’est le caractère structurel de la majeure partie de ces dépenses. Elles sont, par nature, renouvelées d’une année sur l’autre, indépendamment de la conjoncture économique. L’augmentation de 9,7 milliards d’euros sur deux ans, soit une hausse de près de 12 %, est donc perçue comme un signal d’alarme par de nombreux économistes.

Les prestations sociales, qui comprendront en 2026 « l’actualisation régulière des retraites et le renforcement annuel du Supplément de solidarité pour les personnes âgées depuis 2024 », devraient augmenter de 5,4 % l’année prochaine par rapport aux estimations de 2025. En comparaison avec les chiffres de l’année dernière, cela représente une augmentation de 11,3 % en deux ans, soit 5,9 milliards d’euros supplémentaires.

Les dépenses de personnel, quant à elles, « reflètent les effets des politiques visant à améliorer l’emploi public, à savoir les mises à jour des rémunérations et les progressions respectives, ainsi que les accords conclus lors de la révision des carrières publiques pertinentes », affichent une hausse de 5,1 % par rapport à 2025, et de 12,6 % par rapport à 2024 (3,8 milliards d’euros).

L’économiste João Borges Assunção estime que

« C’est énorme. Il est plus ou moins évident qu’au cours des deux dernières années, le gouvernement a acquis une certaine popularité parmi la fonction publique, les retraités et l’opinion publique, basée sur ces dépenses. »

João Borges Assunção, économiste

Il considère cette « augmentation très significative » en si peu de temps comme une « mauvaise politique », dénonçant une « gouvernance comme d’habitude au Portugal ».

Óscar Afonso, économiste, partage cette analyse, pointant du doigt une « répartition des bénéfices entre divers groupes d’intérêt », notamment « les classes les plus bruyantes des fonctionnaires et des retraités », afin de « tenir les promesses électorales et, parfois, aller plus loin ». Selon lui, cette situation « réduit la marge budgétaire et rend plus risqué l’exercice » du ministre des Finances.

L’économiste souligne également que le gouvernement devrait dépasser la recommandation du Conseil européen concernant l’indicateur de croissance des dépenses nettes financées au niveau national, fixé à 5,1 % (le gouvernement prévoyant 5,6 % cette année). Il nuance toutefois cette observation en précisant que « des écarts sont autorisés sur une période plus longue pour cet indicateur, qui fait désormais partie de la procédure de déficit excessif dans le nouveau cadre budgétaire européen ».

Sans une réforme de l’État permettant d’accroître l’efficacité des dépenses primaires courantes, Óscar Afonso prévient qu’il sera impossible d’accueillir davantage d’investissements publics à l’avenir – notamment pour compenser la fin du PRR (Plan de Relance et de Résilience) – ni de réduire de manière significative et durable la pression fiscale, ce qui freinerait l’attractivité du pays pour les investissements privés et limiterait la croissance de la productivité et du niveau de vie.

João Leão, ancien ministre des Finances, partage également les inquiétudes concernant la « forte augmentation des dépenses structurelles », en particulier celles liées au personnel. Il relève que ces dépenses ont augmenté de 8 % au premier semestre, selon les données de l’INE (Institut National de la Statistique), un « rythme très rapide » par rapport à ce qui serait souhaitable.

« Nous nous attendrions à quelque chose autour de 3 % ou 4 %, ce qui serait plus durable, plus en phase avec la croissance économique du pays. »

João Leão, ancien ministre des Finances

Il s’interroge sur la possibilité de réduire significativement la croissance des dépenses l’année prochaine, non pas en raison des négociations salariales, qui sont déjà établies, mais en raison de « plusieurs négociations et accords passés » ayant des « impacts pluriannuels » qui entraîneront inévitablement une augmentation des dépenses de personnel.

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