Publié le 26 octobre 2023. La stratégie énergétique d’Irlande du Nord, ambitieuse sur le papier, peine à décoller : seulement 1 % des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre ont été atteints en quatre ans, selon un rapport accablant du Bureau d’audit local.
- Quatre ans après la déclaration d’urgence climatique, la stratégie énergétique nord-irlandaise n’a réalisé que 1 % de ses objectifs de réduction des émissions.
- Le Bureau d’audit d’Irlande du Nord juge ce bilan « stupéfiant » et remet en question l’efficacité des 107 millions de livres sterling déjà dépensés.
- Des lacunes majeures dans la gouvernance et le suivi des performances compromettent la réalisation des objectifs fixés pour 2030 et 2050.
L’Irlande du Nord est loin du compte dans sa lutte contre le changement climatique. Un rapport publié aujourd’hui par le Bureau d’audit d’Irlande du Nord révèle des progrès extrêmement limités dans la mise en œuvre de sa stratégie énergétique, lancée en décembre 2021, après la déclaration d’urgence climatique en février 2020 par l’Assemblée de Stormont. La loi sur le changement climatique (Irlande du Nord) de juin 2022 a officialisé l’objectif d’atteindre zéro émission nette de carbone d’ici 2050, imposant aux ministères de travailler en conséquence.
Le rapport met en évidence des déficits significatifs par rapport à deux des trois objectifs clés fixés pour 2030. L’un d’eux visait à économiser 8 000 gigawattheures (GWh) d’énergie. À fin mars 2023, seules 90 GWh d’économies avaient été enregistrées, soit à peine 1 % de l’objectif initial.
« Il s’agit d’un manque à gagner stupéfiant par rapport à l’objectif qu’ils se sont fixés. Cette stratégie énergétique a été publiée pour la première fois en 2021, nous ne sommes qu’à cinq ans de la date cible, il y a donc un travail considérable à faire si le ministère veut atteindre cet objectif. »
Dorinnia Carville, contrôleur et auditeur général d’Irlande du Nord, à RTE News
Un autre objectif consistait à produire au moins 80 % de l’électricité de l’Irlande du Nord à partir de sources renouvelables d’ici 2030. En mars dernier, ce chiffre n’était que de 45 %, accusant un retard de 35 %. Le troisième objectif, celui de doubler la taille de l’économie nord-irlandaise basée sur les énergies renouvelables et à faibles émissions de carbone pour atteindre un chiffre d’affaires de plus de 2 milliards de livres sterling d’ici 2030, est également en difficulté, avec une estimation actuelle de 1,58 milliard de livres sterling.
Au total, environ 107 millions de livres sterling ont déjà été investis dans cette stratégie, notamment pour financer un groupe de travail énergétique composé de 134 personnes. Cependant, le Bureau d’audit s’interroge sur le rapport qualité-prix de ces dépenses.
« Une mise en œuvre réussie nécessite une bonne gouvernance et une surveillance efficace, et ce rapport met en évidence des lacunes dans ces domaines. En raison du manque de surveillance et de contrôle des performances, nous ne pouvons pas dire que ces 107 millions de livres sterling représentent un bon rapport qualité-prix. »
Dorinnia Carville, contrôleur et auditeur général d’Irlande du Nord
Le rapport souligne également le manque de clarté et de détails dans les 74 plans d’action stratégiques énergétiques élaborés au cours des trois dernières années. Il est difficile de déterminer la contribution spécifique de chaque plan à la réalisation des objectifs globaux, en raison de l’absence de jalons intermédiaires et de résultats mesurables. Le contrôle de certains objectifs par le groupe de supervision n’a débuté qu’en septembre 2022, presque trois ans après le lancement de la stratégie.
Les experts pointent du doigt les lenteurs administratives, notamment les délais d’autorisation des projets d’énergie renouvelable, qui peuvent atteindre trois ans ou plus en Irlande du Nord, contre un an dans d’autres régions du Royaume-Uni. Le rapport dénonce un excès de consultations publiques qui freinent les progrès. L’Irlande du Nord se distingue également par une proportion plus élevée d’émissions de gaz à effet de serre provenant de l’agriculture (29 %) et une forte dépendance au fioul pour le chauffage des foyers et des entreprises.
Le Bureau d’audit formule cinq recommandations, dont une évaluation stratégique de l’impact des actions proposées sur les objectifs clés, ainsi qu’un examen de l’efficacité des dispositifs de gouvernance et de suivi des performances.
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