Publié le 22 octobre 2025 à 06h11. La pollution atmosphérique, déjà connue pour ses effets sur les voies respiratoires, est désormais liée à une augmentation du risque d’hypertension artérielle et de diabète chez les enfants, selon de nouvelles recherches alarmantes.
- Une étude de l’Institut Leibniz de recherche en prévention et d’épidémiologie de Brême démontre un lien direct entre la qualité de l’air et la santé métabolique des enfants.
- Des chercheurs de l’Université de Zurich ont identifié des modifications épigénétiques dans le tissu adipeux brun des souris exposées à des particules fines, suggérant un impact sur le métabolisme des graisses.
- Le respect des normes de qualité de l’air fixées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pourrait réduire significativement ces risques pour la santé infantile.
La pollution de l’air est un problème de santé publique mondial. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 99 % de la population mondiale respire un air dont la qualité est inférieure aux recommandations, les pays à faible et moyen revenu étant les plus touchés. Au-delà des conséquences directes sur les poumons, les effets indirects de la pollution atmosphérique sur le métabolisme et le système cardiovasculaire suscitent une inquiétude croissante, en particulier chez les enfants.
L’étude menée par l’Institut Leibniz de recherche en prévention et d’épidémiologie – BIPS de Brême a utilisé une approche innovante pour évaluer l’impact de la pollution atmosphérique. Les chercheurs ont modifié une étude existante et ont simulé les résultats que l’on obtiendrait avec un air plus pur, en s’appuyant sur les données de la vaste cohorte IDEFICS/I.Family, l’une des études européennes à long terme les plus complètes sur la santé des enfants.
Les résultats sont sans appel : une diminution des concentrations de polluants, de suie et de particules fines entraîne des améliorations mesurables de la pression artérielle et du métabolisme du sucre chez les enfants étudiés. C’est la première fois qu’un lien direct est établi entre la pureté de l’air et la santé métabolique infantile.
« Notre étude fournit des preuves scientifiques importantes selon lesquelles le contrôle de la pollution atmosphérique protège à la fois le métabolisme et le système cardiovasculaire. »
Dr Rajini Nagrani, chef de la section d’épidémiologie moléculaire, BIPS
Parallèlement, des recherches menées à l’Université de Zurich mettent en lumière les mécanismes biologiques impliqués. L’équipe du cardiologue Francesco Paneni a étudié l’impact d’une exposition à long terme aux particules fines (PM2,5 – diamètre d’environ 2,5 µm) sur le métabolisme des souris. Les résultats révèlent que la pollution par les particules fines modifie la fonction du tissu adipeux brun, responsable de la production de chaleur et de la régulation de la glycémie.
Les chercheurs ont observé que l’exposition aux PM2,5 perturbe l’activité de gènes clés impliqués dans la production de chaleur, le traitement des graisses et la réponse au stress oxydatif. Plus précisément, deux enzymes, HDAC9 et KDM2B, influencent les marques chimiques sur l’ADN qui contrôlent l’expression des gènes. Lorsque ces enzymes deviennent hyperactives, le métabolisme des graisses est déséquilibré.
« En particulier, l’activité de gènes importants qui régulent la capacité à produire de la chaleur, à traiter les graisses et à faire face au stress oxydatif a été perturbée. »
Francesco Paneni, professeur au Centre de cardiologie translationnelle et expérimentale, Université de Zurich et Hôpital universitaire de Zurich
Ces découvertes soulignent que la pollution de l’air modifie la fonction cellulaire sans altérer le code génétique lui-même, un processus connu sous le nom de contrôle épigénétique. Les études confirment que la qualité de l’air a un impact direct sur la santé, du niveau moléculaire aux valeurs cliniques mesurables. Un air pur protège les enfants de l’hypertension artérielle et prévient les troubles métaboliques tels que le diabète.
Les résultats de ces recherches appellent à une action politique urgente. Les scientifiques espèrent que ces données motiveront les décideurs à respecter les valeurs limites recommandées pour les polluants atmosphériques. Comme le souligne le Dr Nagrani : « Un environnement propre est un facteur central dans la prévention des maladies chroniques – et cela commence dès l’enfance. »
Note sur les sources :
Nagrani, R., Wolters, M., Buck, C. et al. (2025) : Effet de la réduction à long terme de la pollution atmosphérique sur la résistance à l’insuline et la glycémie à jeun chez les enfants : une analyse causale. Recherche environnementale.
Wolters, M., Nagrani, R., Naaouf, N. et al. (Consortium IDEFICS/I.Family) (2025) : Effets des polluants de l’air ambiant et de la verdure de l’environnement sur l’incidence de la pré/hypertension chez les enfants et les adolescents. Journal européen de cardiologie préventive.
Paranavel, R., Dazard, J.-E., et al. (2025) : La pollution de l’air module la fonction du tissu adipeux brun grâce à la régulation épigénétique par HDAC9 et KDM2B. Aperçu JCI.