Bruxelles, 24 octobre 2025. Un projet ambitieux de prêt à l’Ukraine, financé par les avoirs russes gelés, s’est heurté à l’opposition de la Belgique lors d’un sommet européen tendu, mettant en évidence les profondes divisions au sein de l’Union sur la manière de soutenir Kiev.
- La Belgique bloque un plan visant à accorder un prêt de 140 milliards d’euros à l’Ukraine en utilisant les avoirs russes gelés.
- Le Premier ministre belge Bart De Wever exige des garanties financières totales de tous les États membres en cas de représailles russes.
- Les dirigeants européens ont finalement adopté un texte plus vague, demandant à la Commission européenne de proposer des options de financement pour l’Ukraine en 2026 et 2027.
Le sommet européen, qui s’est tenu à Bruxelles, a révélé des divergences majeures sur l’utilisation des avoirs de la Banque centrale russe, en grande partie détenus par Euroclear, un dépositaire central de titres basé à Bruxelles. Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a conditionné son soutien à un engagement ferme de tous les États membres à assumer les risques financiers liés à ce plan. Il a insisté sur la nécessité d’une « mutualisation totale » des risques et de garanties solides, soulignant la possibilité de représailles de la part de Moscou si ses avoirs étaient utilisés pour financer l’Ukraine.
« Qui va donner ces garanties ? Est-ce que ce seront les États membres ? » a interrogé M. De Wever à l’issue des discussions. « Parce que la Commission européenne ne peut pas obliger les États membres à signer une garantie. » Il a également plaidé pour l’inclusion des avoirs souverains russes détenus dans d’autres pays européens dans le pool de ressources utilisables.
La principale préoccupation de la Belgique réside dans le risque de représailles russes, notamment si Moscou exigeait la restitution de ses avoirs en cas de levée des sanctions. « S’ils prennent l’argent de mon pays, si les choses tournent mal, je ne suis pas capable, et je ne suis certainement pas disposé, à payer 140 milliards d’euros en une semaine », a-t-il déclaré, exprimant son besoin d’une sécurité financière totale.
La Hongrie a également exprimé une opposition catégorique à l’initiative, une position attendue. La résistance de la Belgique et de la Hongrie a contrecarré les efforts de la majorité des États membres, qui considèrent les avoirs russes comme une source potentielle de financement pour l’aide à l’Ukraine, évitant ainsi de peser sur les budgets nationaux.
Finalement, les chefs d’État et de gouvernement ont opté pour un compromis, demandant à la Commission européenne de présenter « dans les plus brefs délais » une liste des « options » pour couvrir les besoins financiers et militaires de Kiev en 2026 et 2027. Cette formulation est moins contraignante qu’une version antérieure des conclusions qui prévoyait l’élaboration de « propositions concrètes ».
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a salué ce texte comme un « mandat » pour poursuivre les discussions.
« C’est certainement une question qui n’est pas anodine ; elle est très complexe. Il y a des points qui doivent être clarifiés et approfondis. Autrement dit, nous nous sommes mis d’accord sur quoi, c’est-à-dire le prêt de réparation, et nous devons travailler sur comment, comment rendre cela possible (et) quelle est la meilleure option pour avancer. »
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne
Le plan initial prévoyait qu’Euroclear transfère à la Commission les intérêts générés par les avoirs russes. La Commission utiliserait ensuite cet argent pour accorder un prêt de 140 milliards d’euros (environ 150 milliards de dollars américains) à l’Ukraine, versé progressivement et sous conditions. L’Ukraine ne rembourserait ce prêt qu’une fois que la Russie aurait accepté de compenser les dommages causés par la guerre. La Commission rembourserait ensuite Euroclear, qui à son tour rembourserait la Russie.
António Costa, président du Conseil européen, a affirmé qu’aucun pays n’avait opposé son veto à l’initiative et que les obstacles techniques pourraient être surmontés. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a également estimé que le plan était réalisable, tout en ayant précédemment exprimé des réserves quant à la saisie d’actifs souverains.
M. Costa a exprimé l’espoir qu’une « décision finale » soit prise lors du prochain sommet en décembre, un point de vue partagé par Emmanuel Macron, président français, et Friedrich Merz, figure influente du parti conservateur allemand CDU.
« J’utiliserais le même argument (que la Belgique) si les actifs étaient en Allemagne. Aujourd’hui, nous avons fait un pas en avant qui ne devrait pas être tenu pour acquis. Nous ferons tout notre possible pour aller de l’avant. Je suis sûr que tous les États membres signeront, mais nous devons continuer à discuter des responsabilités. »
Friedrich Merz, CDU
Bart De Wever a nuancé son point de vue, estimant que de nombreux dirigeants européens étaient partagés entre leur volonté de soutenir l’Ukraine et la reconnaissance des risques réels liés à l’utilisation des avoirs russes. Il a également souligné la nécessité d’impliquer d’autres alliés du G7, tels que le Royaume-Uni et le Canada, qui ont déjà manifesté leur intérêt, ainsi que le Japon, qui détient également des actifs russes.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé à une approbation rapide du prêt, soulignant l’urgence de la situation financière de son pays, exacerbée par la réduction de l’aide américaine.
« Nous avons besoin d’argent en 2026 et il vaut mieux l’avoir au début de l’année. Je ne sais pas si c’est possible ; tout ne dépend pas de nous. Nous comprenons qui peut bloquer et nous pouvons travailler avec ces personnes. »
Volodymyr Zelensky, président ukrainien
Ce résultat mitigé met en évidence la pression croissante sur l’Union européenne pour qu’elle trouve une source de financement stable et prévisible pour l’Ukraine.
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