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Faire des listes en médecine et en poésie

by Sophie Martin

La simple liste, qu’elle soit médicale ou poétique, révèle une puissance insoupçonnée : celle de concentrer l’attention sur l’essentiel et de donner un sens profond aux détails apparemment insignifiants. De la salle d’opération à la page littéraire, l’accumulation d’éléments précis peut s’avérer salvatrice, voire plus.

Dans le domaine médical, les listes sont omniprésentes. Des stagiaires jonglant avec leurs tâches quotidiennes aux dossiers médicaux électroniques alertant sur les problèmes des patients, en passant par les protocoles de vérification promus par le chirurgien Atul Gawande dans son ouvrage The Checklist Manifesto, elles sont devenues un outil indispensable. L’enjeu est de taille : s’assurer, par exemple, qu’un chirurgien opère bien le bon patient, du bon côté.

Mais la liste n’est pas réservée à la rigueur scientifique. En poésie, elle se révèle un instrument puissant pour organiser les pensées et le langage, créant ainsi un sens qui dépasse la somme de ses parties. La poétesse, dans son recueil « Offrandes de mes patients et de leurs familles », illustre cette capacité en débutant sa liste par des objets anodins, voire surprenants : « Un Tic Tac orange. Une photo de Goldendoodles en pulls à fines rayures ».

C’est précisément cette spécificité, cette attention portée aux détails, qui confère à la liste son pouvoir poétique. Au fur et à mesure qu’elle s’allonge, et que ces courtes narrations silencieuses s’accumulent, le lecteur comprend que ces observations ne sont pas simplement empreintes d’affection, mais qu’elles témoignent d’un besoin urgent de préserver la mémoire de ces instants. C’est cette urgence qui, finalement, porte le message d’espoir du poème.

De la même manière qu’une liste de contrôle chirurgicale vise à prévenir les erreurs, la poésie, attentivement notée, peut attirer l’attention sur des éléments essentiels. Le poème évoque ainsi « le tourbillon d’un tout-petit dans une robe/robe Minnie Mouse et des sandales rouges scintillantes », une image qui, par sa simplicité, rappelle l’importance de préserver la vie – et peut-être même quelque chose de plus grand.

Le poème se conclut sur les mots reconnaissants d’un jeune patient : « Merci de m’avoir sauvé la vie ». Cette phrase, qui fait écho au Tic Tac, à l’autocollant Batgirl et aux autres cadeaux offerts, « couvre/ouvre » le monde dans sa simplicité paradoxale et devient un réconfort pour l’âme.

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