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L’or extrait illégalement de la rivière Nanay se retrouve dans les principales bijouteries de la ville d’Iquitos | exploitation minière illégale | POLITIQUE

by Nicolas Lefèvre

Publié le 27 octobre 2025 13h48. Une enquête révèle que l’or extrait illégalement de la rivière Nanay, au Pérou, alimente les bijouteries d’Iquitos, impliquant des réseaux criminels colombiens et des commerçants locaux.

  • Les autorités péruviennes ont identifié des liens entre des mineurs illégaux colombiens et des bijouteries d’Iquitos qui achètent de l’or extrait de manière illégale.
  • Des écoutes téléphoniques révèlent des négociations directes entre des intermédiaires colombiens et des bijoutiers pour fixer le prix de l’or.
  • Les communautés locales de la rivière Nanay ont entamé un blocage fluvial pour dénoncer les conséquences sanitaires et sociales de l’exploitation minière illégale.

L’or illégal extrait de la région de Loreto, au Pérou, représente désormais un volume comparable aux exportations légales de cuivre, une situation inédite qui alerte les autorités. Des enquêtes récentes menées par la police et le ministère public ont mis en lumière un réseau complexe de commerce illégal, centré sur la rivière Nanay et la ville d’Iquitos.

Des écoutes téléphoniques, obtenues dans le cadre de l’enquête, révèlent des conversations entre Jessica Yauripuma Diego Sarria, une ressortissante colombienne opérant sous le nom de Jessica Vela, et un intermédiaire à Iquitos. Dans un enregistrement, Yauripuma demande à son contact de négocier le prix de l’or extrait de la rivière Nanay auprès de deux bijoutiers. « Adrianita, fais très attention avec cet homme… c’est cet homme qui nous a envoyé voler (…) va voir Alan, (…) ou l’autre », peut-on entendre dans l’audio.

Yauripuma insiste également pour obtenir un prix plus élevé que celui proposé par la concurrence. « Adriana : Alan m’a dit que c’était 198 (soles le gramme), dis-lui (à l’autre acheteur) de monter un peu plus… là où Ramón est moins cher, c’est 195 (soles) », indique-t-elle. Adriana précise ensuite qu’« Alan est l’homme qui lui a confectionné la bague il y a des mois. »

Les autorités suspectent Alan Davirán Oliveira, directeur général de la bijouterie Mónaco et Novedades EIRL, située au 526 Jirón Arica à Iquitos, d’être l’un des bijoutiers impliqués. Son cousin, Joseph Luis Davirán Vásquez, propriétaire de la bijouterie DAOLI EIRL, a déjà été impliqué dans une affaire de confiscation d’or en 2019, sans pouvoir justifier de l’origine légale de la marchandise.

Diego Sarria prend une photo avec "Pastuza" et d'autres Colombiens à Puca Urco, une communauté sur les rives du Nanay envahie par l'exploitation minière illégale

Diego Sarria prend une photo avec “Pastuzo” et d’autres Colombiens à Puca Urco, une communauté sur les rives du Nanay envahie par l’exploitation minière illégale

L’enquête a également mis en cause Luis López García, alias « Pastuzo », accusé de financer les dragues illégales. Des messages échangés entre Yauripuma et « Pastuzo » révèlent des négociations sur les prix de vente de l’or. Dans un audio, « Pastuzo » explique que d’autres bijoutiers ont refusé de payer le prix convenu. « Je n’ai vendu que 25 grammes, mon amour, j’allais vendre à la sœur de Don Ramón, mais cette (vieille) Cucha, je lui ai dit qu’elle ne devrait pas être comme ça, j’en ai profité, et la dame a commencé à rire, alors j’ai pris mon or et je ne le lui ai pas vendu. »

« Pastuzo » fait référence à Santos Anita et à son frère Ramón Rodríguez Reyes, propriétaires de Kiss SAC Jewelry, situé à Arica 523, au centre-ville d’Iquitos. Lors d’une perquisition au domicile de « Pastuzo », les autorités ont découvert des sacs portant l’inscription « Joyería Kiss, Arica N° 523 », ainsi qu’un porte-bijoux.

En juin dernier, Santos Anita Rodríguez a nié connaître Diego Sarria devant le parquet spécialisé de l’environnement d’Iquitos. Cependant, des images de vidéosurveillance de la bijouterie Kiss montrent Rodríguez recevant un objet brillant de Sarria, qui est ensuite pesé sur une balance. On voit ensuite le propriétaire remettre de l’argent au Colombien.

Drague. Ce bateau rustique est utilisé pour extraire l'or par les mineurs qui opèrent sur la rivière Nanay.

Drague. Ce bateau rustique est utilisé pour extraire l’or par les mineurs qui opèrent sur la rivière Nanay.

« Pastuzo », Sarria et Yauripuma ont été libérés après qu’un juge a émis une ordonnance de comparution. Leur sort actuel est inconnu.

Parallèlement à l’enquête judiciaire, les communautés locales de la rivière Nanay ont décidé de bloquer le transport fluvial pour dénoncer les conséquences désastreuses de l’exploitation minière illégale. Elles demandent l’intervention du gouvernement pour évaluer l’impact sanitaire de la contamination au mercure, qui affecte 85 % de la population locale, selon des études récentes. Les communautés dénoncent également les violences et les menaces dont elles sont victimes de la part des mineurs illégaux.

Alan Davirán de Joyería Monaco et les frères Ana et Ramón Rodríguez de Joyería Kiss n’ont pas répondu aux sollicitations de la presse.

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