Publié le 27 octobre 2025 14h40. Un déploiement militaire américain massif dans les Caraïbes, présenté comme une lutte antidrogue, suscite l’inquiétude au Venezuela, où la population craint une escalade et un changement de régime.
- Les États-Unis ont déployé l’une de leurs plus importantes opérations navales dans les Caraïbes depuis des décennies.
- La population vénézuélienne exprime sa nervosité face à cette présence militaire américaine, craignant des conséquences imprévisibles.
- Le régime de Maduro est accusé de réprimer l’opposition et de gérer une crise humanitaire majeure.
Le Venezuela vit sous la menace d’une intervention extérieure. L’émission 60 Minutes a révélé l’ampleur d’une opération navale américaine dans les Caraïbes, impliquant un porte-avions, huit navires de guerre, un sous-marin d’attaque rapide et plus de 10 000 soldats. Officiellement, Washington justifie ce déploiement par la nécessité de lutter contre le trafic de drogue, mais des analystes cités par l’émission suggèrent que l’objectif réel pourrait être de faire pression sur le président Nicolás Maduro pour qu’il quitte le pouvoir.
L’inquiétude est palpable chez les Vénézuéliens. Sur les marchés de Caracas, les habitants expriment leur anxiété face à la présence de cette force militaire américaine. Un homme interrogé a confié :
« On se sent nerveux et anxieux. On ne veut pas que quelque chose se passe. »
Citoyen vénézuélien
Cette tension se manifeste dans un climat de surveillance accrue, illustré par l’interruption d’une femme tentant d’exprimer son opinion sur la responsabilité du gouvernement dans la crise actuelle par un agent des forces civilo-militaires.
L’ancien ambassadeur américain au Venezuela, James Story, a dressé un portrait sombre du régime de Maduro, le qualifiant d’« organisation criminelle qui se présente comme un gouvernement ». Il a souligné l’importance stratégique du Venezuela, qui possède les plus grandes réserves mondiales de pétrole et de minéraux essentiels, et ses liens avec des concurrents des États-Unis. Selon Story :
« C’est un très mauvais acteur qui possède les plus grandes réserves mondiales de pétrole et de minéraux essentiels. Et il est au lit de nos concurrents stratégiques. »
James Story, ancien ambassadeur américain au Venezuela
La situation humanitaire au Venezuela est désastreuse. L’émission a diffusé des images poignantes de la crise : coupures de courant généralisées, hôpitaux à l’abandon et prix des denrées alimentaires inabordables pour la majorité de la population. Plus de 70 % des Vénézuéliens vivent dans la pauvreté, et plus de huit millions ont fui le pays au cours de la dernière décennie. Une femme a témoigné :
« Je gagne 50 dollars par semaine et ce n’est pas suffisant pour nourrir ma famille. Si Maduro tombait, le Venezuela changerait. Nous serions tous libres. »
Citoyenne vénézuélienne
Face à la pression américaine, Maduro aurait initialement accepté de donner une interview à 60 Minutes, avant de l’annuler au dernier moment, invoquant des raisons de sécurité. Il est ensuite apparu lors d’un rassemblement public à Caracas, où il a appelé à la défense de la « république » et a lancé un message en anglais : « No to war, yes to peace » (“Non à la guerre, oui à la paix”).
Selon des informations révélées par l’émission, Maduro aurait également proposé aux États-Unis une participation dans le secteur pétrolier vénézuélien en échange d’une désescalade, une offre que le président Trump a confirmée par la suite. L’émission a également rappelé que, malgré le fait que l’opposition ait remporté 70 % des voix lors des dernières élections, Maduro a refusé de céder le pouvoir, entraînant des protestations réprimées avec violence, selon l’ONU, par des arrestations arbitraires, des tortures et des exécutions extrajudiciaires.
Phil Gunson, analyste chez International Crisis Group, met en garde contre les risques d’un effondrement du régime. Il souligne que le prix demandé par les opposants est la destitution de Maduro, mais que sans la participation des forces armées, des affrontements internes ou une résistance armée pourraient éclater.
L’émission 60 Minutes s’est conclue sur une image frappante : un marché de Caracas, symbole de la lutte quotidienne pour la survie dans un pays plongé dans la pauvreté et l’incertitude. Selon Alfonsi :
« La liberté n’est pas la seule chose qui manque au Venezuela. »
Correspondant de 60 Minutes
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