De nouvelles perspectives s’ouvrent dans la lutte contre le cancer grâce à une classe de médicaments innovants, les anticorps conjugués (ADC). Présentés lors du congrès européen d’oncologie médicale à Berlin, des essais cliniques confirment leur efficacité, notamment en réduisant significativement le risque de rechute chez certaines patientes atteintes d’un cancer du sein à un stade précoce.
Ces traitements de pointe associent la précision d’un anticorps, capable de cibler spécifiquement les cellules cancéreuses, à la puissance d’une chimiothérapie. « On peut les imaginer comme des missiles, ils repèrent précisément leur cible et y livrent la chimiothérapie », explique le Dr Zaman Khalil, oncologue médical et responsable du Centre du sein du CHUV à Lausanne.
L’un des essais cliniques les plus prometteurs, présenté à Berlin, portait sur les cancers du sein HER2 positifs, qui représentent environ 15 % des cas. L’utilisation d’un ADC en prévention des rechutes après le traitement initial a permis de diviser par deux le risque de rechute et de métastases. Selon le Dr Khalil, « Avec le traitement habituel, un peu plus de 16 % des patientes rechutaient à trois ans ; avec l’anticorps conjugué, on est à moins de 8 % ».
Si l’efficacité de ces traitements est indéniable, leur tolérance reste comparable à celle des chimiothérapies classiques, avec des effets indésirables qui nécessitent une surveillance attentive.
Initialement évalués sur des cancers métastatiques, où leur efficacité et leur tolérance peuvent être rapidement mesurées, les ADC sont désormais testés à des stades plus précoces de la maladie. Un autre essai clinique présenté au congrès a concerné le cancer de la vessie chez des patients inéligibles aux chimiothérapies standard. Les résultats indiquent une réduction d’environ 60 % du risque de rechute et une amélioration de la survie.
Au-delà du cancer du sein et de la vessie, des anticorps conjugués sont désormais disponibles pour traiter certains cancers du poumon, de l’estomac et des ovaires, à condition que les cellules tumorales présentent le marqueur spécifique ciblé par le médicament.
Les recherches actuelles se concentrent sur deux axes principaux : améliorer la capacité des anticorps à cibler précisément les cellules cancéreuses et diversifier les agents chimiothérapeutiques qu’ils transportent. Une étude menée au CHUV explore l’utilisation d’un ADC à double tête chercheuse chez des patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif métastatique, dans le but d’accroître son efficacité.
En Suisse, un anticorps conjugué ciblant HER2 est déjà approuvé pour les cancers du sein métastatiques. Son utilisation dans le traitement des cancers à un stade précoce nécessitera une évaluation par les autorités sanitaires. « On peut s’attendre d’abord à des acceptations au cas par cas si les dossiers sont convaincants », précise le Dr Khalil.
Malgré ces avancées prometteuses, le dépistage précoce reste primordial. « Le meilleur traitement reste celui dont on n’a pas besoin », rappelle le Dr Khalil, soulignant l’importance de la mammographie de dépistage entre 50 et 75 ans pour détecter les tumeurs à un stade plus précoce et permettre des traitements moins invasifs.
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