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Comment une avancée dans la reproduction des moustiques pourrait être décisive dans la lutte contre la dengue et autres infections tropicales

Publié le 28 octobre 2025 20h38. Une étude révolutionnaire remet en question les connaissances établies sur la reproduction des moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus, vecteurs de maladies tropicales, révélant que les femelles jouent un rôle actif et…

Comment une avancée dans la reproduction des moustiques pourrait être décisive dans la lutte contre la dengue et autres infections tropicales

Publié le 28 octobre 2025 20h38. Une étude révolutionnaire remet en question les connaissances établies sur la reproduction des moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus, vecteurs de maladies tropicales, révélant que les femelles jouent un rôle actif et déterminant dans l’accouplement.

Les maladies à transmission vectorielle représentent plus de 17 % des maladies infectieuses dans le monde, causant plus de 700 000 décès chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Longtemps considérées comme des réceptrices passives lors de l’accouplement, les femelles moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus se révèlent désormais être les actrices principales de ce processus, grâce à un mécanisme physique unique.

Cette découverte, issue de travaux menés par des chercheurs de l’Université Rockefeller et de l’Institut médical Howard Hughes, et publiée dans la revue Current Biology, ouvre de nouvelles perspectives pour lutter contre la dengue – qui menace plus de 3,9 milliards de personnes dans 132 pays, avec 96 millions de cas et 40 000 décès annuels – ainsi que la fièvre jaune et d’autres infections tropicales.

L’étude démontre que la femelle contrôle le succès de l’accouplement en allongeant l’extrémité de son appareil génital, un mouvement subtil et rapide qu’elle initie volontairement. « Si elle effectue ce mouvement, l’accouplement a lieu. Si elle ne le fait pas, peu importe ce que le mâle essaie : il n’y aura aucun succès », explique Léa Houri-Zeevi, auteure principale de l’étude, dans un communiqué de l’Université Rockefeller.

Ce mécanisme repose sur un système de « serrure et clé ». Le mâle entre en contact avec les organes génitaux de la femelle, et celle-ci peut alors allonger son extrémité génitale, doublant sa longueur initiale. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’accouplement peut se produire et que le sperme est transféré.

Les chercheurs ont identifié que les structures génitales masculines, appelées gonostyles, jouent un rôle crucial dans ce processus. Ces structures vibrent rapidement lors d’une tentative de copulation et sont essentielles pour induire la réceptivité de la femelle. La suppression ou la modification de ces gonostyles réduit considérablement le taux de réussite de l’insémination.

L’étude révèle également que les deux espèces étudiées, Aedes aegypti et Aedes albopictus, partagent ce système de contrôle féminin, malgré une divergence évolutive estimée à 35 millions d’années. Elles présentent la même séquence de comportements : contact génital, allongement de l’extrémité génitale et accouplement réussi.

Cependant, les gonostyles de Aedes albopictus sont plus grands et, lors d’expériences, les mâles de cette espèce ont réussi à s’accoupler avec des femelles Aedes aegypti sans que celles-ci n’allongent leur extrémité génitale. Ce phénomène, appelé « interférence reproductive », a des conséquences écologiques importantes : l’invasion d’un territoire par Aedes albopictus peut entraîner le déplacement des populations locales de Aedes aegypti, car les croisements entre les deux espèces ne produisent pas de progéniture viable et empêchent les femelles Aedes aegypti de s’accoupler à nouveau.

Ces découvertes ont des implications directes pour la santé publique et le contrôle vectoriel. Les stratégies actuelles, telles que la libération de mâles stériles ou infectés par la bactérie Wolbachia, dépendent du succès de l’accouplement entre ces mâles modifiés et les femelles sauvages. « Il est essentiel que ceux qui travaillent dans la lutte contre les moustiques comprennent comment la biologie des femelles des populations locales interagit avec les mâles des populations modifiées », souligne Leslie Vosshall, directrice du laboratoire où l’étude a été réalisée.

Les chercheurs prévoient d’approfondir les bases neuronales et moléculaires de ce comportement, ainsi que les différences qui permettent à Aedes albopictus de contourner le contrôle féminin exercé par Aedes aegypti. Comprendre comment la femelle perçoit la stimulation des gonostyles et régule sa réponse motrice reste un défi majeur.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.