Publié le 29 octobre 2025 à 00h00. Une consommation compulsive d’informations négatives, surnommée le « défilement catastrophique », s’installe comme une nouvelle forme de stress numérique, affectant la santé mentale et la capacité de concentration.
- Le « défilement catastrophique » combine la perte (de l’espoir, du bien-être) et le défilement incessant d’informations anxiogènes.
- Le cerveau humain est naturellement biaisé envers les nouvelles négatives, ce qui est exacerbé par la profusion de titres alarmistes en ligne.
- Des études montrent que cette pratique est associée à l’anxiété, la dépression, et une diminution du bien-être général.
On a tous connu ce moment : on se rend compte qu’on a passé vingt minutes à scroller à travers des titres annonçant guerres, crises, catastrophes ou scandales, sans pour autant retenir d’information nouvelle. Cette envie irrépressible de continuer à faire défiler, même lorsque le corps réclame une pause, a un nom : le « défilement catastrophique » (doomscrolling en anglais). Ce terme, qui combine l’idée de perte et de défilement, décrit une tendance à consommer de manière compulsive des informations négatives ou alarmantes.
Nous y avons recours par curiosité, par anxiété, ou par le sentiment de devoir « rester informés », mais ce qui apparaît comme une recherche active d’information active en réalité des circuits cérébraux similaires à ceux d’une dépendance. La fatigue informationnelle ne se manifeste pas physiquement, mais se traduit par un manque de concentration et un sentiment de déprime.
Le cerveau humain possède un biais de négativité : il traite les informations menaçantes avec une intensité supérieure à celle des informations positives. Dans l’environnement numérique actuel, où les titres accrocheurs sont omniprésents, ce biais est amplifié et déclenche une réponse d’alerte automatique. Des études en neurosciences menées par l’École de médecine de Harvard expliquent que la consommation de nouvelles négatives active l’amygdale, la zone du cerveau responsable des émotions, et libère du cortisol, l’hormone du stress. Simultanément, l’activité du cortex préfrontal, qui assure le contrôle rationnel, diminue.
Une étude des Hôpitaux Universitaires a également démontré que chaque nouvelle information ou publication déclenche une légère libération de dopamine, la même substance impliquée dans les mécanismes de récompense. Autrement dit, même si l’expérience est désagréable, le cerveau l’associe à une nouveauté et en réclame davantage. Avec la répétition, ces circuits se renforcent : plus on scrolle, plus le geste d’ouvrir son téléphone et de rechercher des informations négatives devient automatique, selon les recherches du Laboratoire de recherche sur la liberté.
Une analyse publiée dans Personnalité et différences individuelles, portant sur plus de 800 adultes, a révélé que le « défilement catastrophique » est associé à une anxiété accrue, à des symptômes dépressifs et à une baisse du bien-être subjectif. Une autre enquête, menée par l’Université d’Oklahoma, a observé que les personnes présentant une forte intolérance à l’incertitude sont plus susceptibles de succomber à ce comportement, tandis que la résilience psychologique agit comme un facteur de protection.
Par ailleurs, une étude de 2024 sur les effets cognitifs d’une utilisation excessive des écrans a montré qu’une exposition constante à des stimuli fragmentés altère l’attention soutenue et la mémoire de travail, un phénomène que certains chercheurs comparent déjà au concept de « pourriture du cerveau ». De même, un travail publié dans le Journal de psychologie des médias a averti que les personnes qui consacrent plus d’une heure par jour à la consommation d’informations négatives présentent une augmentation de 30 % des symptômes d’anxiété par rapport à celles qui s’y adonnent une seule fois par jour.
Au-delà des mécanismes cérébraux, le « défilement catastrophique » laisse une empreinte visible sur notre façon de penser, de ressentir et de nous connecter au monde qui nous entoure. Les personnes qui le pratiquent décrivent fréquemment un mélange d’épuisement émotionnel, d’irritabilité et le sentiment d’être constamment sur le qui-vive. Cet état d’alerte chronique peut engendrer ce que les psychologues appellent la « lassitude informationnelle » : une saturation mentale qui rend difficile le traitement de nouvelles données ou la distinction entre l’essentiel et l’accessoire.
Diverses études soulignent que cette exposition constante au négatif nourrit des pensées catastrophiques et une vision déformée de la réalité. Lorsque l’actualité est dominée par des tragédies, des conflits ou des scandales, le cerveau finit par supposer que l’ensemble de la réalité fonctionne selon cette logique. Cette perception amplifie l’anxiété et peut conduire à un cycle de méfiance ou de désespoir qui, paradoxalement, nous pousse à rechercher encore plus d’informations.
Des effets comportementaux sont également observés : difficultés à se déconnecter, troubles du sommeil et diminution significative du bien-être subjectif. Il ne s’agit pas seulement de stress, mais d’une forme d’épuisement émotionnel plus profond, dans lequel l’esprit se sent saturé et le corps agité. Certains travaux relient même le « défilement catastrophique » à une capacité réduite à profiter des expériences quotidiennes, car l’attention reste focalisée sur la prochaine mise à jour ou la prochaine alerte.
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