Home AffairesL’UE est entre les mains de l’arme stratégique qui lui permettra de sortir du lit de la dépendance.

L’UE est entre les mains de l’arme stratégique qui lui permettra de sortir du lit de la dépendance.

by Amélie Bernard

Publié le 30 octobre 2025 09h30. L’Union européenne demeure excessivement dépendante des importations de combustibles fossiles, une vulnérabilité mise en évidence par la récente crise énergétique et qui pourrait être considérablement réduite grâce à une accélération de l’électrification de son économie, selon une analyse d’Ember.

  • L’UE a dépensé 930 milliards d’euros de plus pour ses importations de combustibles fossiles entre 2021 et 2024 en raison de la flambée des prix.
  • 58 % des besoins en énergie primaire de l’UE sont couverts par des importations de combustibles fossiles, un chiffre bien supérieur à celui de la Chine (24 %) ou de l’Inde (37 %).
  • L’électrification de secteurs clés comme le transport et le chauffage pourrait réduire de moitié la dépendance de l’UE aux importations d’énergie fossile d’ici 2040.

L’Union européenne a laissé croître son dépendance aux importations d’énergie fossile à un niveau inhabituel pour une économie de sa taille, révèle une analyse approfondie menée par le think tank Ember. Si cette situation a pu sembler avantageuse en période de prix bas, la récente crise énergétique a brutalement mis en lumière les risques d’une telle stratégie en matière de sécurité énergétique, avec des conséquences financières considérables pour les consommateurs.

Selon l’étude, l’UE a déboursé 930 milliards d’euros de plus pour ses importations de combustibles fossiles entre 2021 et 2024, en raison de la forte augmentation des prix sur les marchés internationaux. Sur l’ensemble de la période, la facture énergétique s’est élevée à 1 800 milliards d’euros, contre 870 milliards d’euros à des prix antérieurs à la crise.

L’analyse souligne que la majeure partie de la consommation d’énergie fossile dans l’UE se situe en dehors du secteur électrique, où l’électrification représente une solution viable. Des technologies éprouvées, telles que les véhicules électriques et les pompes à chaleur, sont déjà disponibles pour permettre à l’Europe de progresser significativement vers un avenir énergétique plus sûr et plus durable.

Actuellement, 19 % de la production électrique de l’UE proviennent de combustibles fossiles importés, mais ce chiffre grimpe à 88 % dans le secteur des transports. L’électrification du parc automobile, à l’instar de l’exemple danois où elle a permis de réduire la consommation annuelle de pétrole de 11 % par rapport aux importations nationales, est donc un levier essentiel pour accroître l’indépendance énergétique de l’UE.

Ember estime qu’environ deux tiers de la demande énergétique supplémentaire de l’UE pourraient être satisfaits par l’électrification, notamment dans les domaines du transport routier et du chauffage. Cependant, un obstacle majeur à cette transition réside dans le fait que la consommation industrielle d’électricité est, en moyenne, trois fois plus taxée que celle de gaz.

L’étude met en évidence le potentiel de l’UE à produire presque 100 % de son électricité à partir de sources nationales d’ici 2040, et à porter la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie à près de 50 % dans le même délai. Ce faisant, la dépendance aux importations d’énergie fossile pourrait être réduite de moitié d’ici 2040, en particulier si l’électrification est massivement déployée.

Malgré une diminution de sa dépendance vis-à-vis de la Russie, l’UE reste fortement tributaire des combustibles fossiles importés. En 2024, ces importations représentaient 58 % des besoins en énergie primaire de l’UE, un pourcentage bien supérieur à celui de la Chine (24 %) ou de l’Inde (37 %). De plus, l’approvisionnement reste concentré entre les mains de quelques fournisseurs, les quatre principaux fournisseurs de gaz de l’UE assurant 83 % des importations, un niveau comparable à celui d’avant la crise gazière.

« Les combustibles fossiles importés ne peuvent pas constituer la base d’un système énergétique sûr et abordable – l’Europe l’a appris à ses dépens », conclut l’étude. Les sources d’énergie nationales, telles que l’énergie éolienne et solaire, revêtent une valeur stratégique dans un contexte mondial marqué par des crises fréquentes. Cependant, l’UE doit accélérer l’électrification pour exploiter pleinement le potentiel de sa production énergétique nationale et se prémunir contre les fluctuations des prix et les incertitudes liées aux expéditions de combustibles fossiles.

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