Home Affaires«Esclaves sexuelles» – Le nouveau quotidien du Tyrol du Sud

«Esclaves sexuelles» – Le nouveau quotidien du Tyrol du Sud

by Amélie Bernard

Publié le 2024-10-27 14:35:00. Au Tyrol du Sud, le projet Alba se bat depuis plus de vingt ans contre la traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle, un fléau qui évolue et se complexifie, touchant désormais des populations de plus en plus diverses.

  • Le projet Alba aide les victimes de l’exploitation sexuelle et de la traite à se reconstruire.
  • Le profil des victimes a évolué : on observe une augmentation des femmes originaires d’Afrique, notamment du Nigeria.
  • La réinsertion sociale et professionnelle des victimes est rendue plus difficile par des obstacles linguistiques, culturels et des préjugés liés à la couleur de peau.

La prostitution forcée au Tyrol du Sud n’a pas disparu, mais elle a profondément muté. Marina Bruccoleri, mentor et ancienne responsable du domaine « Femmes et égalité des chances » au sein de l’association La Strada – Der Weg, explique que les réseaux d’exploitation se sont adaptés, délaissant de plus en plus les rues au profit d’appartements privés et de plateformes en ligne. Les femmes arrivant en Europe, souvent endettées à hauteur de 20 000 à 30 000 euros, se retrouvent piégées par des proxénètes sans scrupules.

« Alors qu’il y a quelques années, les victimes étaient majoritairement originaires des Balkans, en raison des flux migratoires économiques en provenance d’Europe de l’Est, nous constatons aujourd’hui une augmentation significative des femmes africaines », précise Marina Bruccoleri. 70 à 80 % des personnes concernées viennent désormais du Nigeria, mais des femmes d’Iran, de Moldavie et même de Colombie sont également victimes d’exploitation. L’âge moyen des victimes est d’environ 33 ans.

« Elles quittent leur pays d’origine, où elles subissent la violence, pour venir en Europe – et y subissent à nouveau la violence. Nous oublions souvent à quel point ces femmes sont résilientes et courageuses. »

Marina Bruccoleri, mentor et ancienne responsable du domaine « Femmes et égalité des chances » au sein de l’association La Strada – Der Weg

Le projet Alba, qui œuvre depuis plus de 20 ans contre la traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle et économique, accompagne les victimes dans leur parcours de sortie. Il travaille en étroite collaboration avec Volontarius, La Strada – Der Weg et Consis. Volontarius intervient directement sur le terrain pour entrer en contact avec les victimes, La Strada – Der Weg assure l’hébergement et l’accompagnement psychosocial, et Consis favorise l’accès à l’emploi. Le projet est financé par le ministère de l’Égalité des chances du gouvernement italien et la province autonome de Bolzano.

Cependant, identifier les victimes et établir un contact avec elles devient de plus en plus difficile. La complexité de la situation exige une approche basée sur le volontariat et la construction d’une relation de confiance. La nature même de l’exploitation a évolué : les femmes sont moins visibles dans les rues et davantage retranchées dans des réseaux clandestins.

La réinsertion sociale et professionnelle représente un défi majeur. Les différences culturelles et linguistiques, ainsi que les préjugés, compliquent l’accès au logement et à l’emploi. « Les femmes des Balkans connaissent notre langue et partagent une culture commune. Avec l’arrivée croissante de femmes africaines, nous sommes confrontés à un nouveau contexte : elles ne maîtrisent pas la langue, ont des difficultés à s’intégrer culturellement et sont souvent victimes de discrimination en raison de leur couleur de peau », souligne Marina Bruccoleri.

Le manque de logements abordables constitue également un obstacle important. Bien qu’il existe des opportunités d’emploi au Tyrol du Sud, notamment dans la restauration et les services de nettoyage, les loyers sont prohibitifs. « De nombreux propriétaires hésitent à louer un appartement à une femme noire qui ne parle pas italien ou allemand », déplore Marina Bruccoleri. De nombreuses femmes, malgré un emploi, sont donc contraintes de rester hébergées par le projet Alba.

Un autre phénomène préoccupant, observé dans toute l’Italie, est l’augmentation des cas d’exploitation sur le lieu de travail, touchant environ 30 % des victimes en 2024, notamment des hommes dans le secteur agricole et des femmes dans les services de soins. « Cette situation est moins prononcée au Tyrol du Sud qu’en Vénétie, mais elle existe », précise Marina Bruccoleri. La lutte contre la prostitution forcée au Tyrol du Sud nécessite donc une sensibilisation accrue et une coopération étroite entre la police, les services sociaux, le système de santé et les autorités politiques.

« Il ne faut pas fermer les yeux sur ce problème, car il nous concerne tous. »

Marina Bruccoleri, mentor et ancienne responsable du domaine « Femmes et égalité des chances » au sein de l’association La Strada – Der Weg

Photo(s) : © 123RF.com et/ou avec © Archive Die Neue Südtiroler Tageszeitung GmbH (sauf mention).

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.