Une proposition visant à interdire les livraisons entre minuit et 5 heures du matin suscite un vif débat en Corée du Sud, alors que les syndicats tirent la sonnette d’alarme sur les risques pour la santé des livreurs et que les entreprises craignent des perturbations économiques.
Le Syndicat national des travailleurs de la messagerie, affilié à la Confédération coréenne des syndicats (KCTU), a officiellement demandé cette interdiction dans le cadre d’un dialogue social organisé par le Parti démocratique de Corée. L’objectif est d’améliorer les conditions de travail des livreurs et de lutter contre la multiplication des accidents du travail, voire des décès liés au surmenage.
Selon les données du Service coréen d’indemnisation des accidents du travail et de protection sociale, le nombre d’accidents du travail impliquant des livreurs de nuit a presque doublé entre 2019 et 2023, passant de 10,1 % à 19,6 %. Les problèmes de santé les plus fréquemment signalés sont la fatigue oculaire (56,4 %), les problèmes de peau (39,0 %) et une sensation générale de pénibilité (60 % des livreurs interrogés). Seuls 30,3 % des livreurs se disent en « bonne » santé, un chiffre bien inférieur à la moyenne nationale (47,6 %).
Les études confirment que le travail de nuit augmente les risques de maladies cérébrales et cardiovasculaires. L’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommandent des mesures de protection, telles que des examens médicaux réguliers et une rotation vers des postes de jour.
Le syndicat Coupang, principal employeur concerné, s’oppose fermement à cette interdiction, arguant qu’elle remettrait en question le modèle économique du secteur et entraînerait des pertes d’emplois. « Au cours des 10 dernières années, nous avons permis, grâce à la livraison tôt le matin, de préparer les tables de petit-déjeuner et d’envoyer les enfants à l’école », a déclaré un porte-parole du syndicat. « Interdire cette pratique ébranlerait les fondations de notre activité. »
Les experts se montrent également prudents. Le professeur Yoon Dong-yeol, de l’université de Konkuk, estime que « certains travailleurs ne font que de la livraison de nuit ou de la logistique nocturne et se tourneraient vers d’autres emplois de nuit plutôt que vers des postes de jour ». Il souligne qu’aucun pays n’a complètement interdit le travail de nuit.
Le ministère du Travail reconnaît la complexité du problème. Un responsable a déclaré qu’une interdiction totale aurait des conséquences trop importantes, notamment pour les travailleurs indépendants et les consommateurs habitués à la livraison matinale. Le ministre du Travail, Kim Young-hoon, a souligné la nécessité d’une approche équilibrée, tenant compte des intérêts de toutes les parties prenantes.
À ce stade, le ministère envisage d’appliquer la règle des 11 heures de repos consécutives aux livreurs de nuit, voire de l’augmenter à 13 heures, afin de limiter les effets du surmenage. Cette mesure pourrait être une alternative à une interdiction pure et simple des livraisons nocturnes.