Publié le 2025-11-02 11:02:00. Une vaste étude révèle que la consommation de médicaments, bien au-delà des antibiotiques, peut perturber durablement notre microbiome intestinal, avec des conséquences potentiellement observables des années après l’arrêt du traitement.
- Près de 90 % des médicaments étudiés sont associés à des modifications de la composition du microbiome intestinal.
- L’impact de certains médicaments, comme les benzodiazépines, peut être comparable à celui des antibiotiques à large spectre.
- L’historique de consommation médicamenteuse d’un individu pourrait être un facteur clé pour comprendre les variations de son microbiome.
Notre intestin abrite un écosystème complexe, peuplé de milliards de micro-organismes – bactéries, champignons, et même des virus – essentiels à notre santé. Ces communautés microbiennes jouent un rôle crucial dans la digestion, la protection contre les agents pathogènes et la communication entre l’intestin et le cerveau. Mais cet équilibre délicat peut être facilement perturbé, et les conséquences de cette perturbation pourraient être plus durables qu’on ne le pensait.
Selon une nouvelle étude menée par une équipe de l’Université de Tartu en Estonie, l’impact des médicaments sur le microbiome intestinal est bien plus important qu’on ne l’imaginait, et se fait sentir bien après l’arrêt du traitement.
« L’effet de la consommation de médicaments a été sous-estimé », affirme l’équipe du génomicien Oliver Aasmets, comme le rapporte leur publication. Les chercheurs ont analysé les données de 2 509 participants au projet estonien de biobanque, et ont pu observer comment le début et l’arrêt de certains traitements modifiaient la composition du microbiome fécal des patients. Sur les 186 médicaments étudiés, 167 (soit près de 90 %) étaient associés à des changements significatifs.
L’étude révèle que ce ne sont pas seulement les antibiotiques qui causent des ravages. D’autres médicaments couramment prescrits, tels que les psycholeptiques (médicaments agissant sur le système nerveux central), les antidépresseurs, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP, utilisés pour réduire l’acidité gastrique) et les bêta-bloquants (prescrits pour traiter l’hypertension artérielle et d’autres affections cardiaques), laissent également une empreinte durable sur le microbiome.
Les benzodiazépines, souvent utilisées pour traiter l’anxiété, se sont avérées particulièrement perturbatrices, avec un impact comparable à celui des antibiotiques à large spectre, connus pour leur effet dévastateur sur l’écosystème intestinal. L’étude nuance toutefois cette observation : l’impact varie selon le type de benzodiazépine. L’alprazolam (Xanax) a par exemple un effet plus important sur la diversité microbienne que le diazépam (Valium).
Les chercheurs soulignent également que plus un médicament est utilisé longtemps, plus son impact sur le microbiome est important, et qu’ils ont identifié des effets résiduels et additifs. Des études antérieures menées sur des souris ont déjà suggéré qu’une utilisation prolongée d’antibiotiques pouvait perturber la muqueuse intestinale, contribuant ainsi à la prise de poids.
« La plupart des études sur le microbiome ne prennent en compte que les médicaments actuels, mais nos résultats montrent que la consommation passée de médicaments peut être tout aussi importante, voire constituer un facteur étonnamment significatif pour expliquer les différences individuelles du microbiome », explique Oliver Aasmets. Il ajoute : « Nous espérons que cela encouragera les chercheurs et les cliniciens à prendre en compte l’historique médicamenteux lors de l’interprétation des données sur le microbiome. »
Cette recherche a été publiée dans la revue mSystems.
