Publié le 2 novembre 2025 à 16h23. Des chercheurs ont découvert que les fourmis modifient activement la structure de leurs nids en réponse à la menace de maladies, une stratégie d’immunité collective jusqu’alors inconnue chez les animaux non humains.
- Les colonies de fourmis exposées à des agents pathogènes construisent des nids avec des entrées plus espacées et moins de connexions entre les chambres.
- Cette adaptation architecturale réduit le risque de propagation des maladies au sein de la colonie.
- L’étude ouvre des perspectives intéressantes pour la gestion des espaces sociaux lors d’épidémies humaines.
Une nouvelle étude, publiée dans la revue Science, révèle une capacité surprenante chez les fourmis : celle de modifier l’aménagement de leurs nids pour limiter la propagation des maladies. Les colonies confrontées à une menace sanitaire présentent des structures radicalement différentes de celles des colonies en bonne santé, avec des entrées plus distantes et une réduction des communications entre les différentes parties du nid.
L’équipe de recherche de l’Université de Bristol a mis en évidence une série d’adaptations comportementales et architecturales. Selon Luke Leckie, chercheur en sciences biologiques et auteur principal de l’étude :
« Nous savions déjà que les fourmis ajustent leur comportement de creusement en fonction de facteurs environnementaux comme la température et la composition du sol. C’est la première fois que l’on démontre qu’un animal non humain modifie la structure de son environnement pour réduire la transmission des maladies. »
Les fourmis disposent déjà d’un arsenal de défenses contre les maladies, faisant preuve d’une forme d’immunité sociale. Elles éliminent les spores fongiques avec leurs mandibules, aspergent de substances désinfectantes les individus potentiellement contaminés et pratiquent l’auto-isolement pour protéger le reste de la colonie. L’étude montre que la modification de la structure du nid vient renforcer ces mécanismes.
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé la micro-tomodensitométrie (micro-CT) 3D afin d’analyser en détail la structure des nids. Ils ont comparé les nids construits par des colonies saines à ceux construits par des colonies exposées à des spores fongiques. Deux groupes de 180 fourmis ouvrières ont été placés dans des conteneurs remplis de terre. Après 24 heures, 20 fourmis supplémentaires ont été ajoutées à chaque conteneur, dont un groupe exposé aux spores.
Les simulations de propagation de la maladie ont confirmé que les nids modifiés offraient une protection accrue. En ajustant la disposition des chambres et des tunnels, les fourmis exposées à la maladie parviennent à protéger les zones les plus vulnérables, comme les réserves de nourriture et les nurseries.
L’étude a également révélé que l’auto-isolement des fourmis malades renforce l’efficacité de ces aménagements. Luke Leckie précise :
« L’une de nos découvertes les plus surprenantes a été que lorsque nous avons inclus l’auto-isolement des fourmis dans les simulations, l’effet de l’auto-isolement sur la réduction de la transmission des maladies était encore plus fort dans les nids exposés aux germes que dans les nids témoins. »
Les implications de cette recherche pourraient dépasser le monde des insectes. Les chercheurs suggèrent que ces découvertes pourraient inspirer de nouvelles approches pour la gestion des espaces sociaux lors d’épidémies humaines. Comme les nids de fourmis, les villes humaines sont des réseaux complexes de structures spatiales. Il est donc essentiel de comprendre comment équilibrer la fluidité des échanges (informations, personnes, ressources) et la limitation de la propagation des maladies, face à la menace croissante d’épidémies à l’échelle mondiale.
Références
Immunité architecturale : les fourmis modifient leurs réseaux de nidification pour prévenir les épidémies | Science. Leckie, L., Andon, MS, Bruce, K. et Stroeymeyt, N. 16 octobre 2025.
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