Publié le 2 novembre 2025 19h00. L’arrivée prochaine d’une Force d’élimination des gangs en Haïti suscite de forts doutes quant à sa capacité à enrayer la spirale de violence qui frappe le pays, tandis que l’absence d’un gouvernement légitime exacerbe la crise sécuritaire et renforce le pouvoir des groupes armés.
- La nouvelle force de sécurité, déployée sous l’égide de l’ONU, pourrait subir le même sort que les interventions précédentes.
- Les gangs opèrent selon des tactiques sophistiquées, exploitant les faiblesses de la police haïtienne en termes d’équipement et de formation.
- L’absence de volonté politique et la circulation massive d’armes contribuent à l’impunité des gangs, qui agissent comme un gouvernement parallèle.
La situation sécuritaire en Haïti continue de se détériorer, malgré les efforts déployés pour contrer la montée en puissance des gangs. La Force d’élimination des gangs, récemment approuvée par l’ONU, est perçue avec scepticisme par de nombreux observateurs, qui craignent qu’elle ne reproduise les échecs des missions antérieures. Selon Juhakenson Blaise, journaliste principal et correspondant à Port-au-Prince pour « The Haitian Times », il est difficile de prédire si cette nouvelle force réussira là où d’autres ont échoué.
« Ce qui est sûr, c’est qu’elle est confrontée aux mêmes problèmes que la mission multinationale dirigée par le Kenya, il y a donc un risque de répétition », explique-t-il. De nombreux Haïtiens estiment que seul un renforcement significatif des forces de police nationales pourrait offrir une solution durable à la violence des gangs.
Les gangs ont développé des stratégies de combat particulièrement efficaces, se déplaçant discrètement et évitant les affrontements directs dans les zones urbaines densément peuplées. Ils mènent des attaques surprises, parfois en hauteur, ce qui prend au dépourvu les forces de l’ordre. Une porte-parole de la police a reconnu que les forces de sécurité n’étaient pas suffisamment préparées à ce type de tactiques.
Le manque de matériel adéquat constitue également un obstacle majeur. Les véhicules blindés, bien que nécessaires, ne peuvent pas être déployés partout, obligeant les policiers à opérer à pied dans des conditions souvent dangereuses. Les opérations de ce type restent rares.
La situation est aggravée par les violations des droits de l’homme commises par les gangs, qui opèrent en toute impunité au sein des populations civiles. Les récentes opérations menées par la police à l’aide de drones ont illustré ce problème, avec un nombre disproportionné de civils tués par rapport aux membres de gangs. Selon l’ONU, plus de 500 000 armes circulent illégalement en Haïti, malgré l’embargo en vigueur.
Les gangs fonctionnent désormais comme un véritable gouvernement parallèle, imposant leur propre loi et contrôlant des territoires entiers. Leur ascension fulgurante s’explique en partie par leur capacité à s’unir sous l’étiquette « Viva ansanm » (la coalition des gangs « Vivre ensemble »), mettant ainsi fin à leurs querelles intestines et faisant de l’État haïtien leur principal ennemi. Cette coalition a permis aux gangs de renforcer leurs effectifs et de coordonner leurs attaques, surpassant ainsi les capacités de la police.
L’absence d’un gouvernement légitime en Haïti a considérablement exacerbé la crise sécuritaire. La lutte pour le pouvoir entre les membres du gouvernement de transition détourne l’attention des problèmes urgents, tels que la sécurité publique. Les gangs profitent de ce vide politique pour étendre leur contrôle, tuant et pillant sans craindre de représailles, tandis que les politiciens se disputent le pouvoir sous l’égide de la Communauté des Caraïbes (Caricom).
« En Haïti, c’est une lutte pour la répartition du pouvoir, et ce n’est pas quelque chose de récent, qui renforce la crise de gouvernabilité en l’absence de gouvernement légitime », souligne Juhakenson Blaise. Un gouvernement légitime, doté d’un mandat clair, pourrait accorder une priorité à la sécurité et mettre en œuvre des politiques efficaces pour lutter contre la criminalité.
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